Le 9 mars 2016

 

"Pourquoi je ne vais pas démissionner!", c'est ce que proclame en une du Parisien Aujourd'hui en France le Cardinal Barbarin. Et pourtant son retrait serait la meilleure façon de vider un mauvais abcès et de régler cette sale affaire qui couve dans la bonne ville de Lyon et dans laquelle le Primat des Gaules et l'Archevêché portent une très lourde responsabilité. De nombreux lyonnais, de nombreux catholiques sont révoltés. Ils demandent, ils exigent, la démission de ce très haut prélat dans l’intérêt même de l’Eglise et de ses valeurs. Je suis moi-même d’origine lyonnaise et catholique. Raison de plus pour ne pas se taire, pour ne plus couvrir, comme le font encore la plupart des responsables politiques et religieux à Lyon, ce scandale d’agressions pédophiles perpétrées par un prêtre du diocèse. Ce prédateur a bénéficié de la plus grande indulgence des autorités ecclésiastiques, dont celle de Monseigneur Barbarin qui n’a en rien suivi le principe de « tolérance zéro » recommandé par le pape François !

Nous en apprenons chaque jour davantage en raison de témoignages, tous recoupés, des victimes de ce prêtre, aujourd’hui mis en examen pour agression sexuelle et viol sur mineurs de moins de 15 ans. Ces victimes sont plus d’une cinquantaine, des anciens scouts de la banlieue lyonnaise. Seulement 4 d'entre eux, ont vu leur plainte recueillie en raison des lois sur la prescription. Tous concordent, tant sur les sévices subis que sur l’omerta complice de l’archevêché. On croirait Spotlight, le film américain récemment couronné d’un Oscar. Spotlight, oui, sauf que ça se passe à Lyon et non pas à Boston, mais c'est aussi à mourir de tristesse.

Et de dénoncer le mariage pour tous "au nom de l’intérêt des enfants"

À Lyon, comme à Boston, des parents n’ont pas voulu entendre leurs enfants, qui ont été bouleversés par ce déni. Quand ils les croyaient, les responsables religieux se sont alors escrimés à tout étouffer ; ils ont menti aux familles, leur promettant d’écarter le coupable qui avait avoué en 1991 ses forfaits commis dès la fin des années 1970. Or ce prêtre prédateur fut même promu doyen de plusieurs paroisses. Par qui ? Par le cardinal Barbarin en personne et ce en... 2013 ! Il a fallu des interpellations multiples de ses victimes pour qu’il soit mis fin aux fonctions du curé violeur sur injonction du Vatican...

Le Primat des Gaules prétend qu'il n’était pas informé. C'est faux. Philippe Barbarin a été prévenu, ainsi que l’archevêché de Lyon, et ce, à plusieurs reprises. Il a lui-même déclaré avoir été prévenu en 2014. Ensuite il a été contraint d'admettre qu’il savait depuis 2007, et maintenant il prétend qu'en 2007, il ne savait pas vraiment. Sa mémoire varie, lui qui pourtant se montre si précis sur tout le reste... Mais s'il n'était pas informé à cette époque, c'était une faute gravissime, car tout l'archevêché l'était. Le Primat des Gaules a expliqué  aussi avoir rencontré le fautif, avoir jugé qu’il était "guéri". Mais de quel droit ? Selon quelle légitimité ? Philippe Barbarin aurait du faire déférer ces crimes aux autorités judiciaires afin d’empêcher des récidives. Il a précisément fait tout ce que le pape François dénonce : "Un évêque qui change de paroisse un prêtre alors qu’il sait que celui ci  est pédophile est un inconscient. La meilleure chose qu’il puisse faire ? Présenter sa démission". Philippe Barbarin ne pourra pas faire autrement.

Une instruction judiciaire est désormais ouverte pour non-dénonciation de crimes. D’autres plaintes sont à venir. Mais il faut avant tout penser à toutes ces vies amochées, à ces enfances salies, à tous ces adultes blessés qui ont frappé tant et tant à des portes et à des coeurs qu'ils ont trouvées fermées et qui se voient infliger aujourd'hui des "prières publiques" beaucoup trop tardives. Monseigneur Barbarin aurait pu, aurait dû leur apporter aide et réconfort. Il les a en réalité méprisées. Ce prélat a mis une énergie farouche pour dénoncer le mariage pour tous « au nom de l’intérêt des enfants ». Ces « enfants », il aurait du les protéger d’abord dans son diocèse. Désormais Mgr Barbarin devrait consacrer sa vie à se faire pardonner humblement pour les graves fautes commises, qu’aucune "larme de Dieu" ne saurait effacer !