En dépit du bon sens          
(Affaire Preynat, le déni local)          


Comment comprendre qu'un prédateur sexuel puisse abuser d’enfants pendant 40 ans alors que de nombreuses personnes connaissent son problème et le danger potentiel qu'il représente. Dans l’affaire Preynat comme dans d’autres, nous constatons que c'est malheureusement possible et même courant, surtout quand il est entouré d'admirateurs inconditionnels qui ne veulent pas voir et qui, lorsqu’ils savent, font tout pour aveugler les autres.

S’en prendre aux victimes est la technique la plus abjecte mais la plus couramment pratiquée. Occulter la partie sombre de la personnalité de l'agresseur pour n’en retenir que la partie lumineuse, nier l’évidence ou construire un raisonnement sur de fausses bases est également habituel. Nous constatons avec dépit que l’abus sexuel, comme s’il ne se suffisait pas à lui-même, est souvent suivi de l’abus de langage qui pose problème dans le sens ou il est comme un couteau que l’on remue dans cette plaie des victimes qui ne se refermera pas.

On comprend mieux le phénomène quand on entend ceux qui soutiennent encore un prêtre mis en examen pour agressions sexuelles et viols sur mineur de moins de 15 ans . Rappelons que le statut d'abuseur en série ne fait plus de doute, 72 témoignages d'abus et 3 viols ont été recensés à ce jour. Le doute n'a plus sa place, de nombreux abus sont reconnus par l'accusé et les viols avoués.
 
Malgré cela le président des parents d'élèves de l'école privée de Cours la Ville Pierre Aubonnet parle du père Preynat  dans Lyon capitale : “Je ne cautionne pas ce qu’il a fait mais je reste sur sa personnalité, c’était quelqu’un de bien” “S’il y avait plus de père Preynat, il y aurait plus de monde dans les églises” “Lui quand vous l’écoutiez vous aviez les poils qui se hérissaient. Ce qu’on attend d’un curé c’est qu’il vous touche”. Humour déplacé ou énorme maladresse, cela ne s'invente pas ! Cela dépasse l'entendement, blesse les victimes et consterne la majorité des parents d'élèves.
Il y a aussi les propos de ces dames de La Ville, de Neulise et du Coteau qui, à la sortie de la messe déclarent devant les caméras :
“Que celui qui n’a pas péché lui lance la première pierre” “Pour nous c’était un très bon prêtre, on l’a beaucoup aimé et on l’a bien regretté”.
Personne ne nie les qualités dont il pouvait faire preuve par ailleurs dans sa charge mais pour tous ces gens il semble naturel d’occulter la partie sombre de sa personnalité pour n’en retenir que la partie lumineuse. Ils évoquent aussi le pardon ; Comme il est facile de pardonner les fautes d’autrui lorsque elles n'ont aucune incidence sur vous ou sur vos proches. Feraient ils preuve de la même indulgence si eux-mêmes ou leur enfant avait été abusé ? De quelle prétention et de quel orgueil faut-il bien souffrir pour pouvoir imaginer que ce pardon ait le moindre sens, la moindre signification et la moindre portée, ce n’est qu’une vue de l’esprit. Seul le pardon des victimes a une valeur, les autres se résument en une pensée intime et futile qui, lorsque elle est exposée, est génératrice de souffrance pour les victimes.
 
S’en prendre aux personnes abusées ou à leurs parents est la technique la plus abjecte et la plus inqualifiable mais la plus couramment pratiquée.
Tout est possible même l’impensable, Maître Soulier compare le signalement d’un pédophile aux dénonciations sous l’occupation, donne le nom d'une victime qui désire rester anonyme puis s’en prend aux parents, victimes eux aussi, faut-il le rappeler. Le père Lacombe traite les enfants abusés d’anormaux, l’évêque de Pontoise refuse d’assimiler la pédophilie à un péché, certains vont même jusqu’à traiter une fillette de 10 ans de menteuse : (Lyon capitale mai 2016) “Les défenseurs du père Preynat à Cours la Ville discréditent ce témoignage (l’abus de 2003 lisible en bas de page) au motif qu’il s’agit d’une fillette” (et non d’un garçon).
Cela revient à traiter cette fillette de menteuse en dépit de tout bon sens. Comment peut on en arriver là quand on sait ce que l’on sait sur l’abuseur présumé ? Comment imaginer que cette fillette de 10 ans ait pu inventer une telle histoire ? Il s'agit d'une négation de l'évidence ! Qui plus est sur de fausses bases, en effet personne ne peut garantir cette exclusivité “garçons” bien au contraire, nous disposons de plusieurs témoignages concernant des fillettes qui démontrent qu'il ne s'agissait que d'une préférence. (Voir en bas de page)
 
A l’école Saint Charles de Cours la Ville comme à l’école Saint Marc du Coteau on déclare qu'il "ne s'est rien passé" qu’il n’était “jamais seul avec les enfants”. Idiote certitude sur ce qui ne peut être qu'une hypothèse, surtout à la lumière des quelques témoignages inquiétants de Neulise et de Cours (Voir en bas de page). A moins d’assurer une veille constante 24h/24 et 7j/7, qui peut sérieusement et objectivement garantir qu’un homme qui enseigne pendant 25 ans ne s’est jamais retrouvé seul avec un enfant ? De surcroît quand il utilise la ruse pour arriver à ses fins.
De plus, ces gens ne sont pas censés avoir été informés du passé du prêtre avant 2015, pourquoi l’auraient ils particulièrement surveillé ? A ce sujet, plusieurs témoins affirment que toutes les personnes proches des paroisses auraient été informées de son passé dès son arrivée et certains le reconnaissent même courageusement avec une culpabilité bien compréhensible, ils ont, je cite l'un d'eux : "tenté, à leur niveau, d'alerter les équipes en place. Ils se sont heurtés à une incompréhension, un déni et un refus d'envisager une telle réalité(Voir en bas de page) La connaissance du risque et le silence complice pourraient générer une culpabilité bien compréhensive et expliquer partiellement certaines réactions de déni qui paraissent aujourd'hui totalement incohérentes.
 
Bienheureux dans l'utopie, à Neulise comme à Cours la ville, d'autres déclarent avoir interrogé les enfants de leur famille et être définitivement rassurés. Nul besoin d’être pédopsychiatre pour savoir que les enfants ne parlent que très exceptionnellement des abus surtout face à une personne dont ils connaissent les attentes, que  l'oubli est  la condition pour qu'un enfant abusé puisse grandir, que la parole ne se libère généralement qu’après des décennies. L’amnésie traumatique est un phénomène bien connu de tous, elle peut conduire une victime à nier un abus en toute bonne foi. Les parents censés et réalistes restent malheureusement dans le doute et la crainte, si un enfant déclare ne pas avoir eu de problème il est vrai que c'est rassurant mais ce ne sera jamais une garantie réelle.
 
A ce jour, (malgré plusieurs témoignages) la présomption d'innocence est respectée, personne n’affirme qu’il y aurait eu récidive après 1991 ; mais que certains puissent affirmer le contraire est totalement aberrant.
Nombreux sont ceux qui, peut être par culpabilité, sont tellement dans le besoin de se rassurer sur cette absence de récidive qu’ils tiennent des propos insensés en occultant le fait que cela blesse les victimes. Face à ces dénis de réalité post-aveux nous imaginons bien avec quelle force certains ont pu pratiquer et parfois imposer le déni et l'omerta pendant la période sombre. Mystère de l'esprit humain, pour ces derniers, les familles éclatées, les vies brisées, les souffrances infinies et les blessures inguérissables des victimes ne semblent pas compter. Rappelons leur qu'il existe une alternative à la prise de parole publique, c'est le silence.
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Franck (Webmaster)
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Annexes :
 
Témoignages concernant des fillettes sur le livre d’or :

A (jeudi, 18 février 2016 13:41)
Pour Fred. Non ce n'est pas nouveau. Le père Bernard s'en prenait déjà aux filles au temps du gsl. La différence c'est qu'il s'arrêtait aux câlins forcés, avec les filles. De toute façon, je pense que personne n'est dupe. Il n'a pas pu s'arrêter parce qu'on lui a tapé sur les doigts.

Cah (samedi, 13 février 2016 13:29)
@ "Soeur de victime" et "A",
Je n'irai pas jusqu'à dire que je suis heureuse de ne pas être seule (parce que honnêtement il n'y a pas de quoi de réjouir...) mais merci de votre réponse respective. Ce n'était vraisemblablement pas une illusion, une parano, une mauvaise interprétation.... Et j'imagine que nous ne sommes malheureusement pas les trois seules filles concernées. Peut-être d'autres interviendront. Merci encore.

A (vendredi, 12 février 2016 21:46)
Oh non Cat tu n'es pas la seule fille. J'ai essayé d'en parler plusieurs fois à demi-mot ds ce blog mais je n'osais pas aller plus loin ds les détails pensant que les garçons avaient subi bien pire que nous. Et pourtant, c'est aussi marqué au fer rouge. La preuve, tu t'en souviens et moi aussi. Son gros ventre sur mon nez pendant de longues minutes. et il serrait si fort ! Cela m'est arrivé au moins 2 fois dont une pire que l'autre. Après je faisais en sorte de ne plus me trouver seule avec lui. Il disait qu'il m'aimait bien et me demandait si moi aussi ? Beurk beurk. J'avais 9 ans en 1976.

Soeur de victime. (vendredi, 12 février 2016 16:31)
Bonjour Ca,. Non vous n'êtes pas la seule fille à avoir bénéfié des élans de tendresse de BP. En effet en 1979, dans le train qui nous emmenait en Bretagne, BP est entré dans le petit compartiment de ma sizaine, s'est assis sur l'une des deux banquettes qui se faisaient face et m'a rhabillée. C'est à dire qu'il a défait mon ceinturon, ouvert ma jupe culotte, m'a rebordée, puis il a resséré le ceinturon en me secouant. Je pensais du haut de mes 11 ans et demi que le but de ces secousses était defaire rire le reste de la sizaine, à présent je sais que c'était pour faire paraitre son geste anodin. Cet événement est et restera l'unique souvenir que j'ai de ce camp.

Ca (vendredi, 12 février 2016 15:16)
Bonjour,
Je lis les différents messages quasiment depuis l'ouverture du site. Je me replonge 25-30 ans en arrière et je me rappelle mes années GSL. Les réunions, les sorties, les camps.... qu'est ce que j'y ai appris au fil des ans ! Je ne serai sans doute pas la même sans ces rencontres, ces échanges, ces apprentissages.
Je me pose toutefois une question : suis-je la seule fille à m'être retrouvée contre ce gros ventre, serrée à en étouffer et à ne pas pouvoir me dégager, à m'entendre dire que j'étais une bonne cadette ? J'ai son regard gravé dans ma mémoire.
Est-ce moi qui aurait mal interprété un paternalisme appuyé ? Ou d'autres ont ce type de souvenirs malsains ?

 

Témoignages concernant l’information à l’arrivée du père Preynat :

Livre d’or :
Marie 2 (samedi, 13 février 2016 18:08)
... comment imaginer que quelques laïcs, très impliqués dans la vie de la paroisse, aient su dés son arrivée à Cours la Ville en 1999, ont été prévenus des déviances antérieures et soient disant guéries, jugulées....Et seul l'évêque aurait ignoré???.....Il faudrait que la parole de ces laïcs puisse se libérer elle aussi .

Mail :
"Ce sujet  et cette personne ont souvent été évoqué chez ... Lorsque Preynat est arrivé sur la paroisse St Michel, ... étaient animateurs paroissiaux. Ils avaient été alertés du passé de ce prédateur. Ils ont tenté, à leur niveau, d'alerter les équipes en place. Ils se sont heurtés à une incompréhension, un déni et un refus d'envisager une telle réalité. Le supposé charisme de M Preynat a aveuglé  de nombreuses personnes dans toutes paroisses où il a sévi"
Mail :
"...des membres de l'association de parents d'élèves de l'école St Charles ont euconnaissance dés l'arrivée de Preynat en 1999, de rumeurs le concernant et allaient le surveiller..."
Mail :"...ayant assisté à des évènements indignes d’un prêtre (à Lyon), j’ai de suite alerté ma belle-mère quand j’ai constaté qu’il était (monté dans la région)"
Témoignage d’incidents à Cours la Ville :
 
"Gisèle" :
“Je récupère ma fille, qui avait 10 – 11 ans à l’époque, à la sortie de la retraite de communion et là elle me dit que tous les enfants de la classe avaient été placés dans une grande pièce. Derrière un paravent , se tenait le père Preynat. Il l’a prise sur les genoux et l’a serrée très fort contre lui. A ce moment là elle a eu une réaction assez violente parce que, nous, à la maison, nous avions souvent expliqué que personne ne devait les toucher et les approcher. Elle s’est donc sauvée et était très en colère. Elle ne voulait plus faire sa communion ne revoir le père Preynat. Elle m’a aussi dit que certaines de ces camarades restaient derrière le paravent plus longtemps qu’elle”
Témoignage oral :
Ma petite .... de Thizy a eu aussi des problèmes de cet ordre avec le père Preynat.
 

mar (lundi, 15 février 2016 07:43)
Bonjour,
...
Je me souviens de cette salle blanche de cours la ville où nous allions apprendre "la parole de dieu " on l'appelait la cure. J'avais évidemment des camarades masculins. Je me souviens nettement d'une action ou le père Preynat glissait ses mains dans le dos d'un de mes camarades. Il passait ses mains dessous le pull. Et continuais de nous parler et de nous expliquer la bible. Pour faire ces actions il se trouvais des excuses, du type : -"tu n'est sage, arrête de bavarder " et se dirigeais vers sa proie.
A l'époque cela ne m'as jamais paru anormal ni même disproportionnée.
Aujourd'hui malheureusement je me rends bien compte que ces agissement étaient tout sauf normal.
Je voulais m'exprimer surtout pour apporter mon soutien aux concernés et surtout vous certifier que ces agissements ont continué après 91

 

 

Témoignage d’incidents à Neulise :
 
“Il y a une histoire d’enfant de cœur qui est rentré choqué du catéchisme et qui n’a jamais voulu y retourner”
 
“Des enfants n’ont plus voulu aller au catéchisme. Aujourd’hui ça parait louche, mais qui doute pèche. Personne ne m’a dit “il a touché mon fils” Mais c’était insensé de l’avoir laissé au contact d’enfants”
 
 
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7 mai 2016 - Lyon Capitale : Père Preynat, la défense de Barbarin tient encore à un fil.
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