Le diocèse de Lyon


 

La Position du Diocèse de Lyon

 

Ceux qui nous suivent depuis le début de cette aventure, auront sans doute déjà parcouru un onglet du même nom, au contenu modeste, qui se contentait de poser un certain nombre de questions à l’Archidiocèse de Lyon dans le contexte de « l’Affaire Preynat ».

Déjà, nous entendions indiquer que nous savions que le périmètre de notre combat ne se limiterait certainement pas à la mise en accusation de celui qui avait déjà avoué, à plusieurs reprises, son crime.

Il nous semblait en effet légitime de chercher à savoir si tout avait été réellement mis en place par les autorités diocésaines, entre 1990 (date du premier aveu) et août 2015 (date de la mise en retraite du Père Bernard Preynat).

Depuis la naissance de « La Parole Libérée » (1 mois et demi…) le chemin parcouru est déjà immense.

L’association a communiqué en direction des médias lors d’une conférence de presse qui a déclenché une réaction d’une grande ampleur.

A l’enquête de police, s’est donc ajouté celle des journalistes.

De nouvelles victimes ont apporté leurs témoignages à la Brigade Départementale des Affaires de la Famille (au sujet de laquelle nous pouvons souligner à nouveau les qualités d’écoute et d’enquête du capitaine en charge du dossier).

Le prêtre fautif a été entendu par la police, mis en garde à vue, est passé aux aveux de manière officielle et a été mis en examen « pour agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité » (4 faits non prescrits) et « concernant des faits de viols présumés [par fellation] sur trois autres mineurs, le religieux lyonnais a été placé sous le statut de témoin assisté ».

Une première victoire pour les victimes, même si elles savent que le temps judiciaire est long et que la route jusqu’à un procès sera encore longue.

Et puis le Diocèse s’est exprimé, par l’intermédiaire d’un communiqué sur son site (Lyoncatholique.fr) et par l’intermédiaire d’une laïque, Mme Régine Maire, seule voix et seul visage de l’archevêché qui nous aient été donnés d’entendre et de voir.

Une attitude qui ne nous semble pas à la hauteur de la prise en charge que nous étions en droit d’attendre de la part des autorités religieuses locales.

Il nous a donc paru opportun de réaffirmer notre besoin de réponses.

C’est pourquoi nous avons voulu vous faire partager les éléments dont nous disposons, sans qu’il ne soit question de violation du secret de l’instruction (propos rapportés par les médias, par des victimes sur notre site (Témoignages ou commentaires du blog), ainsi que les interrogations que nous en tirons.

En plus du premier article déjà publié ("Nos (premières) interrogations"), vous en trouverez un second ("Nos interrogations: la suite") qui prend sa source dans les quelques interventions médiatiques du diocèse qui ont fait suite à la conférence de presse mais aussi à la garde à vue puis à la mise en examen du père Bernard Preynat.

De manière à ne pas gêner l'instruction

 

Nous avons également commencé de rassembler tous les documents à notre disposition et qui pouvaient être dispersés dans nos « Ressources » et à les joindre dans le présent onglet.

Sans doute ce dernier sera-t-il amené à connaître de nouvelles évolutions dans les prochains jours. 

Nous vous en tiendrons informés dans « Les Nouveautés du Site ».


 

 

Nos (Premières) Interrogations...

 

 

Le Pape François s'est engagé récemment à « ne tolérer aucun mal envers un mineur par tout individu clerc ou non*». Comme l’indique également le Très Saint Père « il n’y a pas de place dans le ministère de l’Eglise pour ceux qui commettent ces abus*».

Enfin, il a eu courage de « [demander] pardon, aussi, pour les péchés d’omission de la part des dirigeants de l’Eglise qui n’ont pas répondu de manière adéquate à des rapports de violence faits par les membres de la famille, ainsi que par les victimes de violence eux-mêmes. Cela a conduit à une plus grande souffrance de la part de ceux qui avaient été abusés et mis en danger d’autres mineurs*. »

 

A la lumière de cette position officielle, certes très récente, nous nous sommes interrogés sur les moyens d'action dont dispose l'Eglise en général dans ce type d'affaires et, plus particulièrement, sur ceux mis en place par le Diocèse de Lyon pour y mettre un terme, sachant que les faits qui nous intéressent se sont déroulés sur une très longue période allant de 1980 jusqu'en 2015.

 

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1. Ce que dit le Droit

1.1. Les Textes

 

En 1917, le Code de Droit Canon condamnait déjà de manière explicite tout abus sexuel commis par des clercs sur des mineurs (Canon 2359,2).

En effet, le Canon 2359 § 2 disposait « S’ils ont commis un délit contre le sixième commandement avec des mineurs de moins de seize ans, ou pratiqué adultère, viol, ‘bestialité’, sodomie, excitation à la prostitution ou inceste avec ses consanguins ou alliés au premier degré, ils doivent être suspendus, déclarés infâmes, privés de tout offices, bénéfice, dignité ou charge qu’ils pourraient avoir, et dans les cas les plus graves ils doivent être déposés. »

 

En 1962, le "Saint-Office" (qui deviendra la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à la suite du concile Vatican II) adresse à tous les « Patriarches, Archevêques, Évêques et autres Ordinateurs locaux » la lettre Crimen Sollicitationis - qui reprend, d’ailleurs, l'essentiel d'un document similaire déjà adressé confidentiellement en 1922 aux évêques.

Rédigée par le cardinal Alfredo Ottaviani, et approuvée par le pape Jean XXIII, cette lettre vise à compléter le Code de Droit Canon existant et établit, notamment, la procédure à suivre dans le cas où les prêtres de l’Eglise catholique se rendraient coupables d’abus sexuels sur mineurs, « qu’ils aient eu lieu dans le cadre de la confession ou de tout autre façon ».

Par ailleurs, d'après ce document, tout catholique doit obligatoirement dénoncer aux autorités ecclésiales une faute de cette nature commise par un prêtre.

 

Le 30 avril 2001, le Motu proprio «Sacramentorum sanctitatis tutela», a réservé la compétence de l’instruction des délits les plus graves (les Delicta Graviora) – et notamment la question des prêtres accusés d'actes pédophiles - à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

 

Enfin, en novembre 2014,un collège spécial est créé auprès de cette dernière pour examiner les recours des prêtres accusés d'un Delictum Gavius. Son président est Monseigneur Charles Scicluna, Archevêque de Malte.

 

 

1.2. Les sanctions

 

Pour évoquer ces dernières, nous nous appuyons sur une interview de Mgr Charles Scicluna donnée le 13 mars 2010 au journal « L’Avvenire » §.

A cette date, Mgr Scicluna était « Promoteur de justice" de la Congrégation pour la doctrine de la foi.En fait, il [était] le Ministère public du tribunal de la congrégation en charge d'enquêter sur les Delicta Graviora, les crimes que l'Eglise considère comme les plus graves, ceux commis contre l'Eucharistie ou le secret de la confession, ou bien des viols sur mineurs de la part du clergé. »

 

Lorsque le journaliste de « L’Avvenire » lui demande ce qu’il se passe lorsqu'un prêtre est accusé d'un Delictum Gravius il répond que « si l'accusation est vraisemblable, son évêque est contraint d'enquêter tant sur l'objet de la démarche que sur sa validité. Si l'enquête préliminaire confirme l'accusation, il n'a plus le pouvoir d'agir et doit transmettre le dossier au Bureau disciplinaire de notre congrégation. »

 

Le Motu proprio «Sacramentorum sanctitatis tutela» précise en effet que le prêtre peut être convoqué devant un tribunal ecclésiastique. En cas de faits avérés, et notamment de pédophilie, il peut être suspendu de la célébration des sacrements ou même être soumis à la dégradation (démis de ses fonctions et réduit à l'état laïc).

Dans cette interview, Mgr Scicluna indique par ailleurs que sur les 300 cas de pédophilie que la Congrégation pour la doctrine de la foi a eu à traiter entre 2001 et 2010, dans 20 % des cas le procès, pénal ou administratif, s'est déroulé sous notre supervision dans le diocèse de compétence. Dans les 60 autres %, principalement à cause de l'âge avancé des accusés, on n'engage pas de procès mais des mesures disciplinaires sont prises à leur encontre, comme l'interdiction de célébrer la messe en public et de confesser, ou l'obligation de conduire une vie retirée et de pénitence. S'il y a eu dans cette catégorie des cas particulièrement médiatisés, il ne s'est absolument pas agi d'absolution. S'il n'y a pas eu de condamnation formelle, la réduction au silence et à l'obligation de prière a tout son sens. ». Et pour les 20% restants « pour la moitié, celle des cas particulièrement graves, agrémentés de preuves indubitables, le Pape a pris la douloureuse responsabilité de la réduction à l'état laïque. Il s'agit d'une mesure extrême mais inévitable. Pour l'autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevé de leurs devoirs sacerdotaux. On compte parmi eux les prêtres trouvés en possession de matériel pédo-pornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile. »

 

 

1.3. Sur la prescription

 

Selon Mgr Scicluna, il apparaît qu’« avant 1889, le principe de la prescription pénale était étranger au droit de l'Eglise. C'est seulement avec le Motu Proprio de 2001 qu'on a introduit pour les crimes graves une prescription de dix ans. Pour les délits sexuels, la décennie commence au dix-huitième anniversaire de la victime. »

 

Mais comme « la pratique a montré que ce terme décennal n'est pas adapté à ce type d'affaires [il serait] bon de retourner au système précédent fixant l'imprescriptibilité de ces Delicta Graviosa. Ceci dit, le 7 novembre 2002 Jean-Paul II a concédé à la Congrégation pour la doctrine de la foi une faculté de dérogation au cas par cas, à la demande motivé de l'évêque intéressé. Elle est généralement accordée ».

 

 

1.4. Sur la transmission du dossier à la justice civile

 

Rappelons que les articles 434-1 et 434-3 du Code Pénal disposent que lorsque quelqu'un a connaissnce d'un crime ou de faits précis concernant notamment des attentes sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans, il doit en informer la justice.

 

La seule exception à ce principe concerne les personnes tenues a secret professionnel.

Néanmoins la loi a prévu une exception à l’exception, notamment pour les attentes sexuelles infligées à un mineur (article 226-13 du Code Pénal).

 

En conséquences, si la révélation des faits a eu lieu hors confession il existe une obligation de recourir à l'autorité judiciaire.

Mgr Scicluna précise par ailleurs à ce sujet que « Dans les pays de culture juridique anglo-saxonne, mais aussi en France, les évêques prennent généralement connaissance des crimes commis par leurs prêtres hors confession, ce qui les oblige à recourir à l'autorité judiciaire. C'est une situation grave car ces évêques sont comme un parent contraint à dénoncer son fils. Dans ces cas, nous recommandons de respecter la loi civile. »

 

Que se passe-t-il lorsque l'aveu des faits a lieu lors d'une confession?

Le dispositif légal permet aux prêtres de passer outre et Mgr Scicluna précise encore que « dans ces situations la congrégation n'oblige pas les évêques à dénoncer leurs prêtres, mais elle les encourage à inviter les victimes à dénoncer leur bourreaux. Nous encourageons les évêques à fournir à ces victimes toute l'assistance nécessaire, et pas strictement spirituelle. Dans le cas récent d'un prêtre condamné par un tribunal civil italien, c'est la congrégation qui a suggéré aux dénonciateurs réclamant une procédure canonique d'alerter la justice civile. Ceci dans l'intérêt des victimes et pour éviter de nouveaux actes délictueux. »

 

Cette position est conforme à celle de la Conférence des Évêques de France qui dans sa brochure publiée en 2003 "lutter contre la pédophilie" précise sur ce point qu' « un prêtre qui reçoit les confidences de l'auteur d'un crime ou d'un délit doit tout mettre en oeuvre pour que celui-ci assume ses responsabilités tant à l'égard de la victime, qu'à l'égard de la société et se confie donc à la justice.»

 

Forts de la position de l’Eglise, de l'existence d'un dispositif légal et de la volonté de transparence affichée par le Cardinal Barbarin, il faut nous interroger à présent sur ce qu'à mis en place l'Archevêché de Lyon pour le cas du Père Preynat.

 

 

2. Les mesures prises par le Diocèse de Lyon

 

 Il nous paraît essentiel que la ou les victimes puissent disposer d'informations claires quant aux mesures prise par le Diocèse de Lyon suite aux faits d'atteintes sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans, reconnus au moins pour l'un d'eux par le Père Preynat lui-même (voir "Les Aveux").

 

En effet, pour l'heure, beaucoup de questions restent sans réponses.

 

Ainsi, la ou les victimes ignorent tout de l'action menée par le Diocèse de Lyon suite à la révélation de ces faits:

 

- Une enquête a-t-elle été diligentée après les faits de 1990?

- Si oui, quelles en ont été les conclusions?

- Le Père Preynat est-il passé devant un Tribunal Ecclésiastique ou a-t-il été jugé par l'Eglise pour ces faits selon ce que dit le Droit Canon?

- Des sanctions ont-elles été prises? Et si oui, lesquelles?

- Une prise en charge médico-psychologique lui a-t-elle été proposée?

- Pourquoi le père Preynat a-t-il été maintenu dans les mêmes fonctions, toujours en contact avec des enfants, 6 mois après les faits datant de 1990 et qu'il a lui même reconnu?

- Pourquoi a-t-il été nommé Doyen en 2013, par décret du Cardinal Barbarin (nous vous invitons à ce propos à lire ce que dit la Loi Canon sur la manière dont la nomination doit s'opérer - cf. ci-dessous)?

- Que s'est-il passé dans le département de la Loire où il a été déplacé?

- Le Diocèse de Lyon a-t-il reçu d'autres "plaintes" à son sujet?

- Si oui, combien et a-t-il été pris des mesures et lesquelles?

- Les faits ont-ils été transmis à la justice civile et si oui, à quelle date?

- Le Vatican a-t-il été informé de ces faits, saisi qu'il a été par M. François Devaux, par l'intermédiaire de Mgr Luigi Ventura, Nonce Apostolique?

- Si aucune sanction n'a été prise à l'encontre du père Preynat, pour quelle(s) raison(s)? Et dans ce cas, comment expliquer une éventuelle inertie du Diocèse de Lyon?

- Le Diocèse de Lyon s'est-il interrogé sur le risque de réitérations du comportement du Père Preynat?

 

Et bien d'autres questions encore.

 

La ou les victimes (seule la justice civile pourra en déterminer le nombre) a ou ont besoin de ces réponses pour comprendre, se reconstruire, mais aussi prévenir tout risque pour l'avenir à la réitération de tels actes en s'assurant de l'efficacité du dispositif de prévention.

 

Il est urgent que le Diocèse de Lyon joigne les actes à la paroles et s'explique sur ce qu'il a fait entre 1990 et 2015 et ce, dans l'intérêt même de l'Eglise.

 

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* extraits de l’interview du Pape François dans le journal « La Vie » - à retrouver au complet sur notre site - onglet « Ressources » - où en cliquant directement ici!

§ Retrouvez l'intégralité de l'interview de Mgr Scicluna en cliquant ici!

D'autres ressources concernant le Droit Canon en cliquant sur notre onglet "Liens"


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Pédophilie: rappel des procédures de l'Eglise en cas de soupçons d'abus sexuels
13042010 famillechretienne procedures ab
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 Quelques notions de Droit Canon, concernant Ie traitement des cas de pédophilie par l'Eglise, mais aussi les particularités de la nomination d'un Doyen (ou vicaire-forain), ainsi que d'autres ressources en lien avec lui!

Un article de "l'hebdomadaire catholique pour toute la famille" sur le "rappel des procédures de l'Eglise en cas de soupçons d'abus sexuels"...


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Article La Tribune de Lyon - Oct 2015
Article La Tribune de Lyon - Oct 2015.p
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Courrier de M. et Mme Devaux à Mgr Decourtray (1991).
Courrier Devaux au Cardinal Decourtray.p
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Extrait du courrier du père d'un scout du Groupe Saint Luc au Cardinal Barbarin (2015).
Note de "La Parole Lbérée": L'auteur du courrier mentionne les "Scouts d'Europe" car en 2015, effectivement, les scouts de la paroisse Saint Luc étaient affiliés au mouvement des Scouts d'Europe. Pour autant, à l'époque où le Père Preynat dirigeait le Groupe Saint Luc celui-ci était un groupe scout paroissial, qui n'était affilié à aucun mouvement de scoutisme en particulier.
Extrait Courrier au Cardinal Barbarin.pd
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Réponse de Mgr Decourtray à M. et Mme Devaux (1991).
Réponse du Cardinal Decourtray à Devaux
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Echanges de mails entre une victime et l'Archidiocèse de Lyon
Dans ces échanges, en plus du cardinal Barbarin, on voit apparaître Mme Régine Maire, laïque en mission ecclésiale au diocèse de Lyon, le père Preynat, avec lequel la victime aura une entrevue en présence de Mme Maire - sans qu'une demande de pardon ne soit formulée par le prêtre -,ainsi que Pierre Durieux, Chef de Cabinet de Mgr Barbarin et auteur d'une "Lettre ouverte à un prètre pédophile" (document en ligne un peu plus haut sur cette page - "Divers articles sur l'Eglise et la pédophilie"...
Echanges de mails victime - diocèse.pdf
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Courrier adressé par François Devaux à Mgr Luigi Ventura (2015).
Courrier au Nonce Apostolique.pdf
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Réponse de Mgr Luigi Ventura à François Devaux (2015).
Réponse du Nonce Apostolique.pdf
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Nos Interrogations: la suite...

 

Suite à la conférence de presse de « La Parole Libérée » du 12 janvier 2015, les réactions ne se sont pas faites attendre.

 

Au-delà d’un relais des plus positif, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif, de la part des médias (voir l’onglet « Notre Actualités »), nous avons reçu de nombreux mails de témoignages (laparolelibere@gmail.fr) ainsi que de nouveaux commentaires sur notre blog (« Libérez votre parole ! »), qui dans leur immense majorité sont positifs ou encore ont servi à libérer la parole de victimes qui ne s'étaient pas encore déclarées.

 

Enfin, notre conférence de presse a été très rapidement suivie par la publication d’une réponse officielle du Diocèse de Lyon, dont certains représentants se sont également exprimés au travers des médias.

 

La garde à vue puis la mise en examen du père Preynat ont également conduit certains journalistes à entrer en relation avec l'Archevêché afin d'obtenir la version des autorités religieuses.

 

Comme indiqué dans notre article précédent, bon nombre de questions demeuraient sans réponses et c’est pourquoi nous attendions avec une certaine impatience la réaction des autorités religieuses de l’Archevêché de Lyon.

La teneur de ces réponses nous a, pour le moins, déçue tant elles nous semblent en grand décalage avec l’importance du questionnement.

 

 

Dans ce qui suit, nous allons nous efforcer de rester le plus objectif possible, ne pas porter de jugement de valeur et  nous borner à présenter des faits établis, à rapporter des propos publiés et à les mettre en correspondance

 

********

 

Commençons tout d’abord par l’article publié sur le site lyon.catholique.fr intitulé L’Eglise a changé : elle veut être une « maison sûre ».

 

La ligne suivie paraît claire : il y a un avant et un après Mgr Philippe Barbarin.

 

A ce sujet, les trois extraits suivants nous semblent caractéristiques de la position adoptée :

 

« A ce jour, il est impossible de connaître précisément les éléments dont disposait Mgr Decourtray (décédé en septembre 1994) au moment où il a décidé de suspendre la mission de ce prêtre, avant de lui confier une nouvelle charge pastorale quelques mois plus tard. »

 

« Le cardinal Barbarin quant à lui a reçu les premiers témoignages au sujet de ce prêtre à l’été 2014 : il a donc demandé que soit conduite une enquête, avant de prendre l’avis de la congrégation pour la doctrine de la foi. C’est à l’issue de cette enquête et de cet avis, et quoique les faits reprochés soient anciens, qu’il a décidé de lui retirer toute forme de ministère au 18 mai 2015. »

 

« Il est certain que ce prêtre n’aurait pas connu de nouvelles missions si les faits reprochés en 1990 survenaient aujourd’hui, les indications de la conférence des évêques de France étant parfaitement claires depuis 2003, indications confirmées à plusieurs reprises par Rome depuis lors. »

 

Arrêtons-nous quelques instants sur chacun de ces passages.

 

La première phrase du premier extrait nous paraît très surprenante. En effet, l’Archidiocèse de Lyon semble ignorer les éléments qui ont conduit Mgr Decourtray à suspendre – très temporairement – le père Preynat. Ce qui pourrait signifier que l’archevêché ne disposent d’aucune trace des échanges ayant eu lieu entre les parents de François Devaux et le cardinal Decourtray et notamment d’un courrier expédié par ces derniers « En Recommandé avec Accusé de Réception » ou encore de la réponse – manuscrite - du Primat des Gaules de l’époque, ou encore des échanges qui ont eu lieu entre le père Preynat et le père Faivre, vicaire général, d’une part et le cardinal Decoutray, d’autre part, tous deux rencontrés par l’accusé, ainsi qu’il le mentionne lui-même dans ses courriers d’aveux envoyés à deux proches de victimes (voir onglet « Les Aveux »)…

 

Quoi qu’il en soit, la nature des démarches entreprises par Mgr Decourtray n'est toutefois pas précisée.

Le père Preynat a-t-il été traduit devant un tribunal ecclésiastique ?

L’information a-t-elle été transmise au Vatican ?

Ces questions restent posées.

 

Ce qui est sûr c’est que les autorités judiciaires n’ont pas été saisies.

 

Pour autant, le prêtre concerné n’a pas été suspendu (environ 6 mois) pour le simple plaisir des plaignants. Sans compter, qu'à l'époque, il a tout de même avoué les faits, rappelons-le, et ce à deux reprises…

 

Si cette « sanction » - qui peut sembler bien clémente – a été prise, c’est qu’il a vraisemblablement été jugé (par qui ? par quelle instance ?).

 

Une faute est commise, une sanction est  prononcée mais sans qu’une trace ne subsiste !!!

 

C’est, en effet, ce que semble nous indiquer le second extrait du communiqué diocésain : le cardinal Barbarin n’aurait pas eu connaissance  des faits qui  avaient été reprochés 20 ans plus tôt à Bernard PREYNAT, si ce n'est qu'à l'été 2014 !

 

Nous sommes en droit d’en douter. En effet,  un ancien scout du Groupe Saint Luc – Laurent *, victime d’attouchements répétés du fait du père Preynat - a rencontré Mgr Brac de la Perrière - évêque auxiliaire de Mgr Barbarin - le 24 juin 2011

Mme Régine Maire, déléguée par le diocèse pour l’écoute des victimes, avait alors recommandé à Laurent de rencontrer l’évêque auxiliaire.

Et que dit Mgr Brac de la Perrière à cette victime ?

En substance « tout est sous contrôle, le père Preynat est surveillé… ».

 

Surveillé ? Mais pourquoi ? Puisque le diocèse n’aurait pas été informé avant août 2014 des actes reprochés à ce prêtre !!!

 

Il faudrait sans doute que l’on fasse preuve à notre égard d’une grande pédagogie :  en effet, si le père Preynat était sous surveillance en 2011, c’est peut-être que les faits qui lui avaient été reprochés en 1990/1991, avaient été transmis d’évêque en évêque depuis Mgr Decourtray ?

 

Et si l’évêque auxiliaire était informé, peut-on imaginer que son supérieur, lui,  ne l’ait pas été ?

 

Questions légitimes, car le Père Preynat lui-même, aurait reconnu lors de sa confrontation avec l'une des victimes « que tous ses supérieurs étaient au courant » (cf article publié sur le site « Figaro.fr dont un lien figure ci-dessous).

 

Mais si Mgr Barbarin était informé dès 2011, pourquoi n’a-t-il pas appliqué « les indications de la conférence des évêques de France […] parfaitement claires depuis 2003, indications confirmées à plusieurs reprises par Rome depuis lors » mentionnées dans le troisième extrait ? Pourquoi n’a-t-il pas appliqué les principes du Motu proprio «Sacramentorum sanctitatis tutela» en vigueur depuis 2001 (voir l’article "Nos (premières) Interrogations", ci-dessus) ?

 

Dernières bizarreries.

Le diocèse communique sur la date du 18 mai 2015 comme moment où « toute forme de ministère » a été retirée au père Preynat. or tout indique que ce dernier est resté en fonction jusqu’au début du mois de septembre 2015 ? (cf. article du 3 septembre 2015 sur le-pays.fr).

Sur le même thème, n'est-il pas maladroit de la part du diocèse de laisser dire, sur le site le-pays.fr, que le père Preynat sera affecté en septembre 2015 au Service Diocésain de Formation (SEDIF) de Lyon au lieu de simplement évoquer une mise à la retraite? (cf. article du 25 juin 2015 sur le-pays-fr).

Pour information, le SEDIF s'occupe, entre autre, de la formation des catéchistes...

Enfin, le père Preynat a, en définitive, été placé au couvent des Petites-Soeurs de Saint Joseph à Montgay (voir article du 27 janvier 2016 de France3 Rhône-Alpes ci-dessous). Cette congrégation est connue pour son "entier dévouement à la tâche salvatrice de l'Eglise et tout particulièrement envers les enfants et les adolescents"(source site viereligieuse.fr  / voir aussi les commentaires n°298 et 300  postés sur notre blog).

Nous ne pouvons que relever comme une nouvelle maladresse le choix de ce couvent comme lieu de résidence du père Preynat.

 

 

********

 

Venons-en à présent aux trois interventions de Mme Régine Maire - déléguée par le diocèse pour l’écoute des victimes, rappelons-le - respectivement sur « RCF Radio », « TLM.TV » et « France3 » (suivre les liens ci-dessous pour accéder à l’intégralité des textes).

 

Dans ses explications apportées sur l’antenne de la « Radio Chrétienne Francophone », Mme Maire explique :

 

« qu’elle ne sait pas comment ont réagi les deux cardinaux qui ont précédé le cardinal Barbarin mais il n’empêche que les nominations avaient été faites et maintenues pendant ce temps avec, je pense, une vigilance du conseil épiscopal et de l’archidiacre du Roannais et aussi avec un contact direct avec le père Preynat. Et là, je pense qu’il s’agit de « parole contre parole » tant qu’on a pas eu de contact direct avec les victimes et d’accusation directe il n’y avait pas, il me semble, et je parle en mon nom propre là, […] d’évènement qui aurait permis de dire « il faut décharger complètement ce prêtre de sa mission » ».

 

Mme Maire ajoute dans l’interview donnée à Télé Lyon Métropole, qu’à son arrivée à la tête du Diocèse de Lyon, « rien n’a été dit » au Cardinal Barbarin

 

Avant lui, régnait « l’Omerta » selon les propres propos de Mme Maire. Avec lui, serait donc venu le temps de la Parole Libérée...

 

Les propos de Mme Maire  confirment, comme l'avait aussi indiqué le Diocèse de LYON, que les faits n’ont été révélés, qu’en août 2014, au Cardinal Barbarin. Ce qui aurait conduit ce dernier à écarter le prêtre en mai 2015 (après une enquête si l’on en croit lyon.catholique.fr).

 

Seuls bémols :  Les propos de l’évêque auxiliaire Brac de la Perrière lors de son entretien avec Laurent, à l’initiative de Mme Maire, en 2011 et les déclarations  rapportées du Père PREYNAT lui-même.

 

La procédure d'instruction,  actuellement en cours,  faisant suite à l'enquête minutieuse des services de police, permettra d'établir, à n'en pas douter, la vérité sur ce point.

 

Enfin, dans l'interview qui illustre le reportage de France3 - Rhône-Alpes après la mise en examen du père Preynat, Mme Maire, justifie ainsi, la sanction initiale prise par Mgr Decourtray:  « Et là il a fait, sans doute, ce qui se faisait à partir de Rome: le conseil s'était de déplacer".

 

Mgr Decourtray aurait donc suivi les consignes alors en vigueur au sein de l'Eglise.  Dont acte.

 

Mais qu'en est-il de ses successeurs : Mgr BALLAND, Mgr BILLÉ et Mgr BARBARIN ? Rien n'est dit !

 

Ont-ils aussi suivi les consignes de l'Eglise ?

 

********

 

Que penser de tout ceci ? A la fin de notre précédent article nous posions un certain nombre de questions auxquelles nous espérions des réponses de la part de l’Archidiocèse de Lyon.

 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ces questions demeurent.

 

Ainsi, que penser du fait que le père Preynat ait été nommé Doyen en 2013, s’il était surveillé ?

 

Que penser du fait qu’il ait été maintenu en charge de paroisses et des enseignements d’éveil à la foi s’il était surveillé ?

 

Que penser du fait que son cas n’ait pas été traité comme le stipulent les directives de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi depuis 2001, s’il était surveillé ?

 

Et son corollaire : que penser du fait qu’il n’ait pas été envoyé devant la justice civile s’il était surveillé ?

 

Pour conclure, nous nous permettons de citer in extenso la Déclaration de l'Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (Lourdes, 4-10 novembre 2000). Ce discours a été prononcé par Mgr Billé, le prédécesseur de Mgr Barbarin.

A la lecture d’un tel texte et si le père Preynat était surveillé, nous sommes en droit de nous demander comment il serait possible que Mgr Billé ait omis de traiter sous sa mandature « le cas Preynat » ?

Comment il serait possible qu’il n’ait pas transmis ce cas à son successeur ?

Bonne lecture…

 

« Depuis quelques années, des affaires de pédophilie se trouvent sous les feux de l'actualité. La France est atteinte comme d'autres pays et l'Église est atteinte comme d'autres institutions. Elle n'est pas épargnée par une réalité dont elle découvre toute la complexité. L'Assemblée plénière des évêques a pris le temps d'aborder en vérité le difficile problème de la pédophilie.

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Ces actes de pédophilie, l'Église les condamne absolument. Les actes de pédophilie, actes sexuels marqués par une forte inégalité, sont profondément destructeurs. Ils le sont d'autant plus qu'il s'agit d'enfants qui n'ont pas la maîtrise de leur existence. Que la société ait aujourd'hui pris conscience de cela est un grand progrès social. Lorsque l'agresseur est un prêtre, il y a une double trahison. Non seulement un adulte averti impose à un mineur ses pulsions, mais ses agissements contredisent l'Evangile qu'il annonce. Les évêques mesurent combien la blessure des enfants ou des adolescents est profonde et souvent même indicible. Ils en éprouvent une vraie souffrance ; ils sont solidaires des victimes et de leurs familles.

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La responsabilité de l'évêque, en ce domaine, est à la fois claire et délicate. Il ne peut ni ne veut rester passif, encore moins couvrir des actes délictueux. Il reste que la pédophilie est un phénomène encore mal connu. Elle se cache. Elle s'avoue rarement. Souvent, il n'est pas facile à un évêque de réunir les éléments suffisants et sûrs lui permettant de savoir si un prêtre a effectivement commis des actes à caractère pédophile. Les prêtres qui se sont rendus coupables d'actes à caractère pédophile doivent répondre de ces actes devant la justice. Il est nécessaire qu'ils réparent le mal qu'ils ont fait et portent le poids de la peine infligée par l'Eglise et par la société. Comme tout être humain pourtant, le prêtre qui a commis ces actes demeure une personne qui a droit à notre respect, à notre accompagnement, à notre prière. Nous tenons à redire notre volonté de veiller avec soin à ce que de tels actes ne se produisent pas, ne se reproduisent plus.

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Les actes à caractère pédophile interpellent non seulement la conscience des évêques, mais aussi celle de toutes les familles, des éducateurs, des responsables politiques, des responsables de notre société, des responsables de la communication et de la culture. Avec eux nous voulons collaborer pour prévenir de tels comportements. Avec eux nous voulons collaborer à l'éducation de l'affectivité et de la sexualité des enfants et des jeunes. Dans la ligne du travail de notre Assemblée de Lourdes, nous allons poursuivre notre recherche sur la pédophilie et ses manifestations, sur le soutien à apporter aux victimes et à leurs familles, sur la prévention, sur l'information et la formation des prêtres, sur le mode d'intervention des évêques. Nous le ferons avec la lumière et le courage que nous apporte l'Évangile.

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Vis-à-vis de notre société comme vis-à-vis de l'Eglise et des prêtres, nous appelons à ne pas laisser s'instaurer un climat de méfiance généralisée et injuste. Les crimes et délits commis par quelques-uns ne doivent pas jeter le discrédit sur tous. Aussi nous exprimons notre confiance aux prêtres de nos diocèses et à nos collaborateurs, comme aux parents et aux éducateurs.

Notre société a besoin de vivre dans la vérité et dans la confiance.

 

Le 9 novembre 2000 »

 

* vous trouverez le témoignage de Laurent (n°7) ainsi que son commentaire (n°24) déposé sur le blog de notre site.

 


La réponse immédiate des autorités diocésaines de Lyon suite à la conférence de presse de "La parole libérée":

 

"L'Eglise a changé elle veut être une maison sûre"...

 

(article publié le 12 janvier 2016)

Article en date du 12 janvier 2016 avec 2 documents sonores associés: "A Lyon, une association rassemble les victimes d'un prêtre accusé d'agressions sur mineurs".


Un lien vers le site de "France3 Rhône-Alpes". Vous y découvrirez un article du 27 janvier dernier accompagné par un reportage vidéo dans lequel s'exprime notamment l'avocat du père Preynat de même que Régine Maire.


 

Un article publié le 28 janvier 2016 sur le site Figaro.fr: "Un prêtre lyonnais mis en examen pour pédophilie