La page de notre victimologue


Cet espace est celui de Mme Dominique Murillo, Psychologue - Victimologue bénévole de l'association. Vous y trouverez des documents ainsi que des conseils permettant de mieux appréhender les actes à caractère pédophile, que l'on en ait subi soi-même ou que l'on soit l'un des proches d'une victime.

Vous pouvez également entrer en contact directement avec Mme Murillo par l'intermédiaire du bouton ci-contre, elle vous répondra dans les meilleurs délais possibles et vous pourrez ensuite vous entretenir avec elle gratuitement par téléphone.


1. De l'importance de libérer sa parole.

Psychologue Clinicienne, je travaille en milieu hospitalier depuis plus de 15 ans. Un Diplôme Inter-Universitaire en Victimologie est notamment venu étoffer ma formation initiale, il y a maintenant plus d'une dizaine d'années.

 

Cette formation complémentaire répondait évidemment aux problématiques que je rencontrais sur mon lieu d'exercice professionnel.; mais elle n'était pas étrangère aux questions que suscitaient alors en moi ma relation avec l'homme qui partageait déjà ma vie. Lui, comme d'autres, a été victime de Bernard Preynat.

Comme d'autres aussi, persuadé que ce prêtre n'était plus au contact d'enfants et qu'il ne pouvait donc plus nuire, il avait renoncé à porter plainte. Il y a quelques jours pourtant, il a réalisé que ses années de silence ne reposaient que sur un jeu de dupe. Contrairement à ce qu'il croyait, les adultes n'avaient pas été dignes de confiance : durant toutes ces années, ce prêtre avait eu tout le loisir d'approcher des enfants.

 

Un avant et un après

Lorsqu'on est victime d'un pédophile, il y a un avant et un après : le rapport au monde de l'enfant change de manière irréversible. Et cela, même si l'on n'a pas vraiment conscience d'être victime, même si l'on n'en parle à personne, même si les adultes sensés vous protéger ne peuvent ou ne veulent pas entendre et que la vie semble continuer son cours comme si de rien n'était.

Quand on est enfant, qu'il s'agit d'un prédateur habile, d'un homme proche, charismatique, bénéficiant d'une aura considérable et de l'admiration des adultes de sa paroisse, il est extrêmement difficile de réaliser que l'on est victime.

La nature et la répétition des faits sont des facteurs aggravant l'impact d'un tel vécu.

Bernard Preynat est un prêtre et la plupart d'entre vous l'appelaient « Père Bernard » ; cette « proximité », ainsi que l'habileté dont il a fait preuve, sont elles aussi des facteurs aggravants.

 

Les adultes

Des adultes bienveillants, par leur positionnement clair, peuvent contribuer à donner du sens. Ils peuvent aider l'enfant à réaliser qu'il est victime et non l'élu d'un relation privilégiée. Les adultes peuvent constituer pour la jeune victime un repère sécurisant, étayant qui permet alors de prévenir les sentiments de honte, de culpabilité, de solitude.

La manière dont l'entourage, clérical, parental, a réagi a eu une incidence considérable. Nombreux sont ceux qui, par leur attitude, n'ont eu de cesse que de contribuer à museler les victimes qu'elles soient enfants ou devenues adultes.

 

Se taire ?

Se confronter à la réalité d'un « Bernard Preynat toujours prêtre au contact d'enfants.malgré la dénonciation de ses agissements pédophiles au clergé » a poussé plusieurs victimes à sortir de leur silence.

Se remémorer, raconter encore et encore les actes que l'on a subi en tant que victime peut, dans certains cas, être nocif et ne présenter aucun intérêt pour celle-ci. Nous ne sommes pas, je pense, absolument pas dans ce cas de figure.

Choisir de libérer la parole n'est ni facile, ni sans conséquence. A juste titre, vous vous questionnez sur l'impact personnel, familial, professionnel, amical que peuvent avoir une audition judiciaire, une plainte, la médiatisation. Si j'écris aujourd'hui, c'est que nous sommes pleinement conscients de cela et que celles et ceux qui le souhaitent pourront m'interpeler.

Réactiver des souvenirs, des sensations visuelles, auditives, olfactives, tactiles, inhérentes à un vécu post-traumatique est douloureux. Néanmoins, si cette remémoration a un but, si vous vous appuyez sur le groupe, alors la souffrance psychique ressentie peut n'être qu'une étape nécessaire permettant d'accéder à un mieux-être.

 

Les initiateurs de « la parole libérée » sont, je pense, pleinement conscients des difficultés inhérentes à l'audition, au dépôt de plainte et à la médiatisation. Participer à ce mouvement est probablement le seul moyen de mettre à mal la chape de plomb qui a permis durant des années à ce prêtre de se soustraire à la loi des hommes. Pour préserver les apparences, « ne pas faire de vagues », des adultes ont-ils mis en danger des enfants ? En ont-ils sacrifié ? En continuant à se taire aujourd'hui, n'est-on pas tout simplement complice ? Peut-on garder le silence aujourd'hui sans que cela n'ait de conséquence à court, moyen ou long terme ?

 

Il y a quelques jours, je suis tombée sur la fin du film « Le cercle des poètes disparus », au moment précis où un élève monte sur son bureau et où peu à peu, plusieurs de ses camarades le suivent alors que d'autres restent voûtés, recroquevillés, tête baissée sur leur bureau. Cette scène illustre je pense parfaitement ce qui est en train de se passer.

 

Sans être forcément sous les feux de la rampe, sans que votre nom de famille figure dans les média, vous pouvez apporter votre pierre à l'édifice et cela même si les faits sont prescrits ou si vous n'êtes pas victime mais simplement témoin aux yeux de la justice. Le rôle de l'entourage, des proches est là aussi essentiel : se sentir soutenu est primordial. Ce qui est en train de se passer me semble être totalement légitime, juste et salutaire.

 

 

Dominique Murillo


2. Ces victimes qui nous dérangent...

L'association existe seulement depuis quelques semaines.

En moins d'un mois entre la bûche, les cotillons et la galette, il a fallu parler, communiquer, dire ce qui s'était tu pendant plusieurs dizaines d'années pour que le petit noyau dur de « La parole libérée » s'étoffe de nombreux soutiens.

L'exercice ? Délicat, éprouvant !

Les réactions ? Diverses et variées !

 

Cotiser, c'est poser un acte pour dire :« je te soutiens, je soutiens ce que vous êtes en train de faire ».

De nombreuses personnes ont fait preuve de cette solidarité, évidente à leurs yeux ; une solidarité toute en générosité et en bienveillance.

 

Cependant, inviter certains proches à adhérer a pu s'avérer particulièrement éprouvant en se soldant parfois par un statu quo où chacun campe sur ses positions.

Le déni et la loi du silence peuvent toujours être opérants même plusieurs décennies après les faits.

Là où l'on attend un soutien inconditionnel, on se confronte alors à une minimisation des faits et des conséquences psychotraumatiques, à des silences rigides, ou encore à des renversements de la position de victime.

 

La victime, c'est ce parent choqué, miné que son fils ose lui dire que le contexte historique n'explique pas tout, qu'il a été défaillant.

La victime, c'est encore l'ensemble des scouts Saint Luc actuels qui « sont déjà la bête noire des scouts d'Europe avec toutes ces histoires ».

 

Comment expliquer que des enfants ayant parlé aient continué à aller aux scouts, à être enfants de chœur et à aller se confesser ?

Comment expliquer qu'un prêtre pédophile ait pu continuer à abuser sexuellement des enfants alors que sa hiérarchie était parfaitement au courant ?

 

Pourquoi est-il si difficile pour l'enfant d'en parler ?

Si l'enfant n'est pas prévenu que certains adultes avec lesquels il est en contact peuvent représenter un danger pour lui, si on ne lui explique pas clairement que nous sommes là pour l'écouter et qu'il peut compter sur nous pour le protéger, alors parler, est pour l'enfant, d'emblée extrêmement compliqué.

L'enfant est alors dans la quasi impossibilité d'identifier et de dénoncer les violences sexuelles dont il vient d'être victime.

Il y a 25-30 ans, on ne disait pas aux enfants qu'il existe des adultes qui agressent sexuellement les enfants.

On n'expliquait pas que les adultes qui abusent sexuellement des enfants sont généralement des proches, des personnes connues.

Aujourd'hui encore, l'information qui devrait être donnée, répétée, expliquée aux enfants n'est pas satisfaisante : il s'agit d'un sujet souvent vécu comme délicat, embarrassant.

Nous avons tous envie de penser que nous vivons dans un milieu sécure et que les personnes de notre entourage ne sont pas dangereuses.

Il est plus confortable de penser que le mal, le danger, sont ailleurs, extérieurs à l'espace dans lequel nous évoluons.

 

Ce manque ou cette absence d'information bénéficient au pédophile faisant partie de l'entourage proche.

Le pédophile peut profiter de la méconnaissance et de l'incompréhension des actes sexuels par l'enfant.

Informer l'enfant, c'est lui permettre de faire la différence entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit, c'est lui permettre, s'il est victime de violences sexuelles, de comprendre et de dénoncer plus facilement ce qui lui arrive.

Ne pas informer, ne pas avertir l'enfant, c'est accroître sa vulnérabilité.

 

L'enfant a d'autant plus de mal à identifier ces violences sexuelles lorsqu'elles sont perpétrées par un agresseur habile, manipulateur, dont l'outil favori est l'emprise et qui est présenté par son entourage comme un homme admirable et bon.

L'emprise de l'agresseur opère sur l'enfant mais elle peut aussi opérer sur les adultes censés protéger l'enfant.

Ces adultes peuvent alors être séduits, conquis, par un personnage charismatique.

Les adultes qui devraient être vigilants, attentifs à l'enfant sont alors sourds ou il ne veulent tout simplement pas entendre.

 

A la lecture des témoignages, on retrouve ces enfants confrontés à un « géant » autoritaire, craint, qui pouvait les « glacer ».

Ces enfants étaient soumis à l'autorité d'un prêtre respecté, admiré par de nombreux adultes et auquel ils étaient confiés

L'admiration des adultes plaçait le prêtre dans une position intouchable d'homme bon vis-à-vis duquel il était logique d'être dans une relation respectueuse, faite de liens affectifs et de confiance.

L'expression « Père Bernard » rend compte de cette  proximité d'un homme auquel les enfants devaient obéissance.

Le devoir d'obéissance permet à l'agresseur de faire croire à l'enfant que les violences sexuelles qu'il subit sont des choses normales, méritées.

L'agresseur peut prétendre que c'est une preuve d'affection, d'amour ou encore que c'est pour jouer, initier ou punir.

Remettre en doute, les propos, les explications éventuellement avancés par un homme auquel on doit obéissance et qui est désigné par les adultes comme un être bon, au-dessus de tout soupçon, est alors presque impossible.

 

Lorsqu'on est victime de pédophilie, il est difficile voire impossible d'en parler.

 

La sidération peut expliquer ce silence et la difficulté pour la victime d'identifier et de nommer les violences sexuelles subies.

L'enfant est alors paralysé, submergé par un flot de sensations, de perceptions.

Ces perceptions, ces sensations brutes se retrouvent dans les témoignages ; elles sont composées d'odeurs, de sons, d'images : il s'agit notamment  de l'haleine ou de l'odeur de transpiration de l'agresseur, de son souffle, du contact de sa ceinture et de son ventre, de son poids...

La surcharge de stress et sur le plan émotionnel est telle qu'il n'y a qu'une issue possible : l'interrompre.

 

S'en suivent une anesthésie émotionnelle et/ou une sensation d'irréalité, d'être déconnecté et spectateur de la situation.

Cette dissociation explique notamment pourquoi il a été impossible de crier, de se défendre, de fuir.

Cette dissociation explique également pourquoi il est si complexe de reconnaître émotionnellement l'évènement, de réaliser ce qui s'est réellement produit.

L'enfant dissocié n'a pas accès à ses émotions.

L'apparente indifférence de l'enfant vis-à-vis des violences sexuelles qu'il a subies ne signifie pas que ce qui s'est passé est sans grande gravité.

L'absence de réaction de l'enfant témoigne au contraire d'une dissociation et d'une anesthésie émotionnelle, signes de traumatisme.

 

La sidération et la dissociation peuvent provoquer des amnésies et des pertes de repères spatio-temporels.

L'enfant peut alors être dans l'incapacité de donner des détails relatifs à l'abus sexuel.

Certains éléments, d'abord oubliés, ne peuvent revenir que plus tard à sa mémoire.

Comme ces éléments ne faisaient pas partie de la version donnée initialement par la victime, l'entourage peut soupçonner cette dernière de mentir.

 

La mémoire traumatique succède à la sidération et à la dissociation.

Sous la forme de réminiscences sensorielles, de flashbacks, de cauchemars, elle fait revivre l'évènement traumatique à l'identique.

Tout ce qui peut rappeler le contexte de l'abus sexuel déclenche la reviviscence de ce qui a été vécu.

 

La victime de pédophilie peut alors déployer des mécanismes de défenses.

Ces mécanismes sont par essence inconscients, involontaires et protecteurs du psychisme.

Pour se protéger du trauma, la victime peut minimiser ce qui s'est passé, peut avoir tendance à dédramatiser et même à trouver des circonstances atténuantes pour l'agresseur.

Il est clair que l'attitude de l'entourage joue un rôle primordial à ce niveau là.

L'oubli peut correspondre à un mécanisme de défense.

Il permet alors de se protéger du trauma.

Mais l'oubli peut également être favorisé par l'attitude de l'entourage. et/ou être organisé par le pédophile.

 

Ainsi, lorsqu'après l'abus sexuel, le pédophile continue à faire comme si de rien n'était, à être égal à lui-même, lorsqu'il continue à parler à l'enfant et à avoir publiquement des contacts physiques avec lui (main sur l'épaule etc...), cela favorise un sentiment d'irréalité.

La relation d'emprise peut notamment être vécue par l'enfant comme amour, tout simplement parce que l'adulte pédophile l'a nommé comme tel.

Insidieusement, le doute s'installe progressivement chez la victime.

Des souvenirs relatifs à l'abus sexuel peuvent alors être oubliés pendant des années, voire des dizaines d'années.

C'est pourquoi, il faut parfois vingt, trente ans ou plus avant que la victime puisse se souvenir, comprendre ce qui s'est joué avec le pédophile.

Pouvoir parler de ce qu'on a subi, déposer plainte, nécessite d'avoir intégré ce qu'on a vécu ; cela peut prendre plusieurs décennies.

 

Il y a un avant et un après l'abus sexuel.

Les conséquences psycho-traumatiques consécutives à un abus sexuel peuvent impacter la vision qu'on a de soi, la confiance en soi, l'estime de soi, la capacité à être en relation, les études (troubles de l'apprentissage, de la concentration), la qualité du sommeil, etc. : c'est à dire la personnalité, la vie toute entière de la victime de pédophilie.

Ces conséquences et les symptômes liés au vécu post-traumatique sont rarement repérés comme tels.

Ils sont souvent, à tort, assimilés à des traits de caractères ou à des troubles de l'humeur ou de la personnalité.

 

L'enfant interprète le monde à partir de ce qu'il est, de ce qu'il ressent, de ce qu'il connaît.

Le développement psycho-sexuel de l'enfant rend complexe sa compréhension des violences sexuelles qu'il peut subir.

L'enfant n'a pas la maturité d'un adulte, ce qui accroît sa vulnérabilité.

Il y a 25-30 ans, les enfants n'étaient généralement pas prévenus des dangers d'abus sexuels qu'ils pouvaient courir.

Il y a 25-30 ans, on ne parlait pas de pédophilie comme on en parle aujourd'hui.

Mais il y a 25-30 ans, les adultes étaient responsables de la protection des enfants.

Certains parents reprochent à leurs fils, aujourd'hui adultes, de ne pas avoir dénoncé les abus sexuels dont ils étaient victimes.

Faire ce reproche, c'est méconnaître le fonctionnement du psychisme.

Comment est-il possible pour un enfant d'identifier et de dénoncer clairement ce qui est impensable pour l'adulte censé le protéger ?

Comment l'enfant peut-il parler s'il n'a pas face à lui une oreille attentive et bienveillante ? Comment se faire entendre par un adulte qui ne peut ou ne veut pas comprendre ?

 

Il y a 25-30 ans plusieurs enfants ont parlé ; la plupart d'entre-eux s'est retrouvé dans une immense solitude sans pouvoir compter sur la protection que leur devaient les adultes.

Aujourd'hui, ces enfants qui se croyaient seuls sont devenus des hommes ; ils ont découvert qu'ils sont plusieurs.

Faire un témoignages écrit, s'exposer dans les médias en tant que victime de violences sexuelles est douloureux ; cela réactive des sensations, des souvenirs extrêmement pénibles.

Sortir du silence, de l'isolement, demande d'avoir dépassé ou de dépasser la honte et la culpabilité que l'on peut ressentir, de ne pas se soumettre au poids d'un pacte familial qui vous intime l'ordre de vous taire.

Assumer au grand jour que l'on est victime de violences sexuelles est difficile.

Il n'y a qu'à écouter les insultes qu'on peut entendre dans une cour de récréation de collège,« sale victime », pour s'en convaincre ou observer la peur de certains d'être assimilés à des victimes s'ils adhéraient à l'association.

 

Malgré tout cela, voyant que des enfants étaient exposés et que de nombreuses actions menées auprès du diocèse n'ont servi à rien, ces hommes ont décidé de prendre le risque de libérer leur parole et de dire tout haut ce que de nombreuses personnes cherchent, aujourd'hui encore, à minimiser, à étouffer.

La fonction de prêtre place-t-elle celui-ci au-dessus des lois de la République ?

Il faut croire que pour certains, la réponse est encore oui...

« La parole libérée » a pour volonté de dénoncer ce silence intolérable et dangereux, complice de violences sexuelles sur enfants ; sa fonction est d'alerter et de permettre à d'autres victimes de sortir de leur silence et de leur isolement.

 

Dominique Murillo


5 août 2016

Sexophobie : Les phobies nées des traumas de l'enfance :
« silenciothérapie », danger ! (Par Christian Delahaye)

 


3. Lettre ouverte à Régine Maire

Chère Madame Maire,

 

Je vous écris ce mail car depuis plus de nombreuses semaines, de nombreuses questions vous concernant se posent à moi.

 

Ces questions portent plus exactement sur votre fonction en tant que « responsable de la cellule d'accueil et d'écoute ouverte à toute personne victime (d'une façon ou d'une autre) d'un membre de l'église »; c'est ainsi que vous a présentée Pierre Durieux, Directeur de Cabinet du Cardinal Barbarin, à l'une des nombreuses victimes du prêtre Bernard Preynat.

 

Je préfère une lettre ouverte à un simple mail.

En effet, je pense que vos réponses sont susceptibles d'intéresser nombre de personnes ; il serait dommage de priver tous ces gens de vos lumières.

 

Je parle en mon nom propre et non en celui de l'association de « La Parole Libérée » dont je suis par ailleurs membre.

 

Comme vous, je suis diplômée en psychologie (j'ai lu dans un article de presse que vous êtes psychologue) et la clinique que je rencontre concerne le champs de la victimologie.

 

Comme vous aussi, j'ai rencontré plusieurs victimes de violences sexuelles commises par Bernard Preynat.

 

Depuis vingt-cinq ans, je partage ma vie avec l'un de ces hommes, victime de ce prêtre.

 

Je souhaite vous parler de la correspondance, par mails, que vous avez eue, de Juillet 2014 à mars 2015, avec Alexandre, l'une des victimes de ce prêtre.

(Il est possible de retrouver l'intégralité de cette correspondance sur le site de « La Parole Libérée » : onglet « Le Diocèse de Lyon » , document « Echanges de mails entre une victime et l'Archidiocèse de Lyon ».

 

Je suis restée perplexe, dubitative, à la première lecture de cette échange de mails entre Bernard Preynat et vous.

 

Cette correspondance me semblait tellement incompatible avec les quelques articles, faisant votre portrait, que j'avais lus.

 

On y dresse notamment de vous le portrait d'une femme qui utilise  des « expressions sans ambages, sans fausse pudeur ».

 

Je me suis surprise à penser que si ce portrait était vrai, ce qui me semblait être des « minauderies de petite fille » ne pouvait être qu'une attitude destinée à mettre en confiance Bernard Preynat pour l'amener à parler.

 

Je fais notamment référence au fameux « Je me sens toute petite là devant ...» qui figure dans votre correspondance adressée au « Père ».

 

Dans vos mails au prêtre, j'ai le sentiment de lire les mots d'une enfant qui demande si sa présence sera tolérée par son père, je ne parviens pas à voir le positionnement clair d'une femme responsable d'une cellule d'accueil et d'écoute pour les victimes.

 

 

Que penser de votre réponse du 13 octobre 2014 ?

 

J'y vois quelque chose de surréaliste, de totalement déroutant.

 

Là où un homme vous parle de difficulté, de souffrance, liées à l'aveu de violences sexuelles de mineurs de 15 ans par personne faisant autorité, vous répondez que vous auriez certes attendu un pas de plus mais que l'absence de ce pas de plus est probablement liée au fait que les prêtres ne sont peut-être pas en capacité de demander pardon !

 

J'ai une autre hypothèse, chère Madame Maire, pouvant expliquer l'absence de demande de pardon de la part de Bernard Preynat.

 

Cette hypothèse pourrait, je crois, être proposée par n'importe quel étudiant en 1ère année de psychologie.

 

Serait-il possible que ce prêtre si charismatique, n'éprouve aucun remord tant sa personnalité est narcissique ?

 

Ainsi, l'absence de demande de pardon serait inhérente à la personnalité de Bernard Preynat et non au fait qu'il soit prêtre, elle serait inhérente au fait que cet homme n'éprouve aucune culpabilité, aucune émotion.

 

Ne me dites pas que cette hypothèse ne vous a pas effleurée : vous avez vous même présenté Bernard Preynat comme un homme clivé, sans affect lors de l'entretien que vous avez eu avec une autre de ses victimes, Bertrand, le 30 Décembre 2015.

 

Vous avez expliqué à Bertrand que lors de cette rencontre, Alexandre et vous, aviez en face de vous « quelqu'un qui n'avait absolument pas pris la mesure de la gravité des affaires ».

 

Pourquoi alors avoir proposé à Alexandre de prier main dans la main avec l'homme qui lui a fait subir des violences sexuelles alors qu'il était enfant ?

 

Que peut-il y avoir de thérapeutique là-dedans ?

 

Ne me dites qu'il s'agit d'une rencontre victime/agresseur comme dans le cadre de la « justice restaurative » : cela n'a rien à voir !

 

L'objectif d'Alexandre était à l'évidence d'amener Bernard Preynat à se dévoiler, à parler devant témoin, vous en l'occurrence, afin de parvenir à l'éloigner des enfants avec lesquels il était toujours en contact.

 

Ayant entendu les aveux de ce prêtre, voyant que ce dernier avait une « personnalité clivée », qu'il ne se donnait même pas la peine de feindre de demander pardon, pourquoi solliciter de la part d'Alexandre un « Je vous salue Marie » et un « Notre Père » main dans la main avec Bernard Preynat ?

 

Cette proposition me révulse purement et simplement; je la trouve d'une extrême violence pour la victime.

 

Votre mail en date du 13 Octobre 2014 me glace tout autant : vous écrivez à Alexandre : « (…) un passé douloureux qui laissera toujours une cicatrice certes mais qui avec la grâce se ferme... si nous ne la grattons pas trop mais elle est bien là (...) ».

Cette « cicatrice qui se ferme si nous ne la grattons pas trop » ressemble à s'y méprendre à une invitation au silence sous peine de souffrance !

 

Le 30 Décembre 2015, lors de votre rencontre avec Bertrand, vous avez fait un magnifique lapsus : vous avez expliqué être « empêtrée... enfin témoin... aussi dans d'autres lieux ».

 

Lors de cette rencontre, vous avez expliqué que Bernard Preynat n'est pas le seul prêtre diocésain à avoir une personnalité clivée, à abuser des victimes et à justifier son attitude sous apparence de bien.

 

Vous avez précisé avoir notamment reçu « une fille abusée par un prêtre ».

 

Cette fois encore, comme pour Alexandre, vous avez dit avoir organisé la rencontre victime/ prêtre ; cette fois encore vous dites avoir été confrontée à un homme « sans aucun affect », à la « personnalité clivée...absolument double... dans la jouissance... ».

 

D'après vous, ce prêtre est, comme Bernard Preynat, lui aussi capable de « justifier son attitude sous apparence de bien ».

 

J'ignore cependant si cette rencontre s'est soldée par une prière main dans la main, comme pour Alexandre et Bernard Preynat...

J'ignore aussi si vous avez invité cette femme à « ne pas trop gratter sa cicatrice » !

 

Le plus étonnant dans cette rencontre avec Bertrand le 30 décembre 2015, en dehors de vos méthodes particulières d'écoute et d'accueil des victimes de prêtres, reste pour moi, le lien que vous faites entre suspension et violences sexuelles commises par les prêtres du diocèse de Lyon.

 

Vous présentez en effet la suspension de ministère comme inhérente à l'enquête, à l'attente de décision de justice et à la médiatisation ; d'après vous, elle permettrait, au Cardinal Barbarin, d'être ajusté à la décision de justice.

 

Dois-je comprendre que, dans le Diocèse de Lyon, la suspension de ministère n'est liée ni à l'existence de violences sexuelles, ni à une personnalité faisant redouter le risque de récidive ?

 

Étant donné plusieurs articles de presse, dont celui du Journal la Croix en date du 11 Décembre 2015, la réponse semble être oui...

 

 

 

 

 

Dominique Murillo



"Match"               
La parole libérée met à disposition des victimes un outil innovant pour rechercher des coabusés              

Pourquoi ?

Le but est de permettre à des victimes d'une même personne de communiquer et d'agir librement ensemble en étant plus crédible et plus fortes,
ceci dans la plus grande discrétion.

 

Comment ?


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Une bouteille à la mer.

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