Pourquoi ?          


 

Les fondateurs de « La Parole Libérée » ont tous été membres du Groupe des Scouts Saint Luc (GSL) de la paroisse de Sainte Foy-lès-Lyon entre le début des années 80 jet celui des années 90.

 

Pour certains, le GSL les a accompagnés dans cette merveilleuse mais aussi délicate période de transition entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte.

 

Tous, quelle que soit leur confession de l’époque et leur relation « au religieux » aujourd’hui, se sont efforcés, pendant leurs années de scoutisme et au-delà, de respecter les valeurs portées par ce mouvement et résumées par leur Promesse Scoute.

 

Beaucoup ont, pendant des années, continué de partager, lors de leurs rencontres, les souvenirs construits au long de leurs années de scoutisme.

 

Si tous n’ont pas eu à subir des actes de pédophilie de la part du prêtre qui dirigeait le GSL, tous peuvent être considérés comme des victimes de ses agissements. Même si il n’est pas question ici de comparer les traumatismes associés aux différentes acceptions que recouvre le terme de victime.

 

Victime, celui qui a subi des agressions sexuelles de manière isolée ou répétée.

 

Victime, celui qui a subi des attouchements.

 

Victime, celui qui s’estime sali ou trahi par le fait qu’au sein du GSL qu’il fréquentait, de tels agissements aient pu avoir lieu.

 

Victime, celui qui se sent coupable de ne rien avoir vu, de ne pas avoir su interpréter certains signes au travers de son regard d’enfant.

 

Victime, celui qui lors de ses révélations, s’est trouvé confronté à l’incompréhension du cercle familial et a connu l’isolement.

 

Victime, les familles qui ont été confrontées à l’une des réalités peu avouables et dissimulées du GSL.

 

Pour autant, la démarche qui a conduit certains à rendre compte aux autorités judiciaires des actes dont ils ont été victimes, et qui s’accompagne de la création de l’association et de son site, cette démarche, donc, n’est pas dictée par la haine. Mais plus simplement par la volonté farouche de ces enfants devenus des hommes, des pères de familles, des membres de la cité, de contribuer à faire passer la justice. Celle des Hommes mais aussi celle de l’Eglise.

 

Pendant de longues années, à de rares exceptions, le silence des victimes a prévalu. Certaines d'entre-elles ont parlé au sein du cercle familial et ont parfois été entendues. Cette écoute a pris des formes diverses. Retrait du GSL, entretien avec le prêtre fautif, courrier aux autorités religieuses, parfois aussi, hélas ! incrédulité et déni.

 

Pour beaucoup, il aura fallu l’action de François Devaux et sa médiatisation pour que les souvenirs refoulés se fassent verbe et que la parole, enfin, se libère.

 

En effet, de l’avis d’une psychologue victimologue, certaines victimes de pédophilie se reconstruisent avec de telles défenses et ont refoulé des choses si traumatiques qu’elles ont pu longtemps hésiter à entreprendre la démarche de témoigner, de rendre compte, de peur de voir s’effondrer tout ce qu’elles avaient échafaudé pour grandir.

 

Pour la majorité des faits décrits, malheureusement, la prescription judiciaire s’applique. Pour autant, outre le fait que les dépositions auprès de personnels à l’écoute bienveillante soulagent les victimes, elles étoffent également un dossier qui prend, jour après jour, un peu plus d’épaisseur.

 

Les témoignages que vous pourrez lire sur notre site (onglet « Témoignages ») sont dérangeants et font froid dans le dos. Le père Bernard semble avoir usé de son double statut de Chef scout et d’homme d’Eglise pour agir. Un homme avec qui la famille de certaines de ses victimes avait créé des liens de proximité tels qu'il était invité à leur table de manière plus ou moins régulière et qu'il recevait également des dons « pour tout ce qu’il faisait de bien pour les enfants du Groupe Saint Luc ».

 

Ces témoignages questionnent par ailleurs sur le rôle des adultes qui participaient à l’intendance du GSL. Comment expliquer, devant ces témoignages et la fréquence de certains des actes aujourd’hui révélés, que nul n’en ait jamais été témoin, que nul n’ait jamais eu aucun doute et qu’aujourd’hui encore, preuves à l’appui (voir « Les Aveux ») certains continuent d’être dans le déni ?

 

Cela éclaire très certainement sur l’aura et le charisme de ce prêtre qui aura su, en chaque lieu où il est intervenu, séduire les adultes.

 

Certains témoignages montrent ainsi que le prêtre n’a pas sévi qu’au GSL. Ce fut aussi visiblement le cas alors qu’il était aumônier de l’école de La Favorite. Notre association entend aussi porter la parole de ces victimes.

 

Que dire enfin du rôle joué par les autorités religieuses, informées par certains parents dès 1990 ? Oui que dire des actions « disciplinaires » conduites à l’encontre du prêtre qui se sont bornées à le déplacer à trois reprises, sans se préoccuper de garantir qu’il ne soit plus en contact avec des enfants et ce jusqu’à la fin de son ministère ? Est-ce de la légèreté ? Est-ce dû à de l’incrédulité ? Est-ce de la complicité ? Ce n’est pas à nous de juger mais nous espérons que d’autres, plus légitimes, ouvriers de la justice séculière comme de la justice spirituelle, seront en mesure de la faire. Nous pensons pour notre part que c’est rendre service à l’Eglise que d’agir.

 

Dans ce contexte, la lecture des courriers du prêtre est également édifiante (voir "Les Aveux"). Elle renseigne notamment sur la petitesse de son âme, plus préoccupé à sauver les apparences qu’à s’excuser et à accepter de payer pour ses actes, quitte à devoir subir l’opprobre publique, ce qui, sans l’excuser, aurait au moins été le signe qu’il se rendait compte de la souffrance qu’il avait pu occasionner. Le signe d’un minimum de dignité et d’humanité.

 

Ce sont tous ces éléments qui nous ont conduit à créer « La Parole libérée – Association d’Aide aux Anciens du Groupe Saint Luc Victimes de Pédophilie ». Derrière ce nom et cet objet, il faut donc lire, vous l’aurez compris, « victimes du prêtre, chef du mouvement scout Saint Luc ». Cela inclut donc les actes qui ont pu être commis par le même individu en dehors du mouvement qu’il a créé. De manière à ne pas porter préjudice au Groupe saint Luc d’aujourd’hui qui est affilié aux Scouts d’Europe, nous prenons la précaution de préciser « de 1970 à 1991 ». Car nous ne voulons pas laisser entendre que de tels agissements se poursuivent aujourd’hui. La pédophilie n’étant consubstantielle ni du scoutisme, ni de la prélature.

 

Nous espérons que « La Parole Libérée » joue un rôle fédérateur pour les victimes de ce prêtre. Car il est évident que se présenter de manière groupée et déterminée est préférable à des actions isolées.

 

Nous sommes en cours de structuration, certes, mais espérons également être en mesure d’aider les victimes à se reconstruire, à atténuer tout au moins les fêlures qui peuvent encore être les leurs.

 

Une aide qui peut prendre la forme d’une écoute, d’un lieu d’expression ou encore de la mise en rapport avec des spécialistes de la question.

 

En cela, nous ne faisons que prolonger l’idéal du scoutisme - qui a malheureusement été mis à mal - au travers des principes d’entraide et de solidarité.

 

Aujourd’hui, quel que soit votre statut de victime, rejoignez-nous.

 

Si vous êtes un proche, un ami, un membre de la famille de l’une de ces victimes ayant pour envie qu’éclate enfin la vérité, rejoignez-nous.

 

Si vous avez simplement envie de nous aider, de nous soutenir, par vos compétences, vos connaissances, vos relations, votre énergie ou encore d’un point de vue financier, rejoignez-nous.

 

A présent que la parole se libère il faut que la justice passe et nous avons besoin de vous.