L'étrange parcours du père Jérôme Billioud


 

Par Anne Jouan

 

Publié par le Figaro le 08/06/2016 

 

Les agissements du prêtre, suspendu de sa charge paroissiale le 13 mars, étaient connus de la police depuis 1998.

 

Le 15 mars dernier, Pierre, aujourd'hui âgé de 42 ans, racontait dans Le Figaro comment il avait été agressé à deux reprises par le père Jérôme Billioud: la première en 1990 à Biarritz, il avait alors 17  ans, la seconde, trois ans plus tard, à Lourdes. En 2009, Pierre avait saisi la justice après en avoir alerté le cardinal Barbarin mais, les faits étant prescrits, sa plainte avait été classée. Aujourd'hui dans cette affaire, une enquête préliminaire est ouverte pour «non-dénonciation de crime» et «mise en danger de la vie d'autrui». Plusieurs personnes ont été interrogées par les policiers de la protection de la famille. L'enquête avance et devrait être bouclée dans les semaines à venir. Le prêtre a été suspendu de sa charge paroissiale le 13 mars. Et pourtant, ses agissements, qualifiés comme délits sexuels, étaient connus de la police depuis 1998.

 

En février 2003, Il est arrêté par la police alors qu'il a une relation sexuelle dans une voiture, sur la voie publique

 

Selon nos informations, le père Billioud est fiché par la police et ce, trois fois, dans le Système de traitement des infractions constatées (Stic). En juillet 1998, le prêtre a fait l'objet d'une procédure pour atteinte sexuelle à Roanne (Loire). Aux policiers, le père Billioud confie s'être rendu dans une boîte pour homosexuels après avoir beaucoup bu. Le prêtre raconte s'être promené nu après avoir eu des «caresses sexuelles» avec un autre homme. Là, il demande à avoir un rapport sexuel avec un homme qui refuse et porte plainte. Le père Billioud est jugé devant le tribunal correctionnel de Roanne. Il écope d'un mois de prison avec sursis pour atteinte sexuelle et des injonctions de soins. Deuxième histoire en février 2003, cette fois pour exhibition sexuelle à Lyon. Il est arrêté par la police alors qu'il a une relation sexuelle dans une voiture, sur la voie publique. Il est placé en garde à vue mais ne fait finalement l'objet d'aucune poursuite. Et enfin, troisième affaire en avril de la même année, pour usage de stupéfiants, toujours à Lyon. Il est contrôlé par la police avec un individu en possession de «poppers», une drogue bien connue pour faciliter les rapports homosexuels. Là encore, il est placé en garde à vue même s'il ne fera l'objet d'aucune poursuite.

 

Comment l'Église pouvait-elle ne pas connaître les antécédents du père Billioud? Le parcours de ce religieux pose la question des mutations, au sein de l'Église, de prêtres accusés de délits sexuels. À la fin des années 1990, Billioud est curé à Amplepuis (Rhône). Le maire trouve étrange son comportement avec les enfants, quand il lit dans la presse les frasques d'un curé à Roanne. Le maire se renseigne, il s'agit bien du père Billioud. L'élu contacte la hiérarchie de l'Église pour demander sa mutation. Il est alors remplacé par le père Bernard Preynat, curé de Cours (Rhône) qui prend en charge la paroisse d'Amplepuis. Le père Preynat a été mis en examen fin janvier dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour agressions sexuelles et viols sur mineurs de 15 ans. Il est accusé d'avoir commis ces délits sur des scouts dans les années 1970 et 80. Enfin, en 2015, le père Billioud avait été nommé, toujours à Lyon, à l'église de l'Immaculée Conception en remplacement d'un autre curé mis en cause dans un délit sexuel, le père Éric P. Ce dernier a finalement bénéficié d'un non-lieu car la victime avait menti sur son âge. Mais l'affaire lui avait valu d'être mis en examen et suspendu de ses fonctions en 2014. Le père Éric P. avait eu des relations sexuelles avec un adolescent mineur en fugue rencontré sur un site au nom évocateur, Mâlemotion.