Des proches de victimes s'expriment.           

(Cette page est ouverte à tous les proches de victimes qui veulent s'exprimer - Parents, conjoints, amis, frères, sœur etc. Voir en bas de page)


Lettre d'une femme à l'agresseur de son conjoint
Le mari, la femme et l’avant…
(quand le passé pas simple est un peu trop présent)

                                        

            Ménage à trois. Au théâtre ça fait plutôt rire. C’est la recette classique du bon boulevard. On n’y craint pas le ridicule. On le recherche même un peu. On y parle haut et fort et sans mâcher ses mots. Mais nous nous sommes tus cinquante ans. Comme les expérienceurs de NDE s’étaient tus des dizaines d’années, craignant de passer pour menteurs ou pour fous s’ils se risquaient à dire leur expérience, parce que chacun se croyait seul. Mais peut-être plus encore comme Jean Morzelle qui refusait l’idée que, cette expérience, on l’abîme… Et de même que La vie après la vie, le livre de Raymond Moody, a permis aux expérienceurs de se reconnaître les uns dans les autres et de parler, de même l’actualité récente, les révélations des victimes d’un prêtre pervers du diocèse de Lyon, les positions du pape François, m’ouvrent la voie à la parole sur cette épreuve de notre vie, sans craindre d’endommager la longue complicité tacite de notre amour. Ni ce qui nous reste à tous deux, non pas de foi, mais d’espérance.

Nous sommes aujourd’hui agnostiques, hors de toute obédience à quelque dogme ou quelque culte que ce soit, mais pénétrés de l’importance de cet au-delà dont nous savons et acceptons qu’il nous échappe, sans pourtant qu’il ne cesse de nous guider.

 

            Il est hors de question que je vous traite de pédophile, vous, le tiers qui vous êtes immiscé dans notre couple. Je sais ce qu’est un cinéphile  ‒ j’en étais une dans ma jeunesse − ou un bibliophile, un philosophe, un philanthrope, un orchestre philarmonique… Je pourrais même imaginer qu’un nécrophile ait quelque amour pour le cadavre à qui, peut-être, il chercherait à insuffler quelque chose de sa propre vie… Mais celui qui viole un enfant ne peut être à mes yeux qu’un pédophobe, quelqu’un qui hait l’enfance et à qui elle fait peur. Quelqu’un qui se conduit envers l’enfance comme envers un objet de répulsion, un véritable objet phobique, angoissant, menaçant. Quelqu’un qui, en l’enfant lui-même, s’emploie à nier l’enfance, à la disqualifier et à la récuser, parfois même à l’anéantir jusqu’à pousser cet enfant au suicide ou à le tuer.  

            Je sais ce que c’est qu’aimer l’enfant dans l’homme aimé. N’allez pas croire que dans ce beau jeune homme athlétique et viril, et brillant, rayonnant, qu’était mon mari lorsque je l’ai rencontré, je n’aie été sensible qu’à la puissance et à l’accomplissement. J’ai traqué la fragilité, avec curiosité, avec sollicitude. J’ai été attendrie par toutes les maladresses, les naïvetés et les inachèvements, autant qu’admirative des perfections et des succès.  

            J’aimais que sa maman me parle de lui petit garçon, me montre ses photos, me fasse témoin rétrospectif de ses revers, de ses progrès, de ses malheurs, de ses conquêtes, de l’ensemble de son développement. J’aimais aussi l’enfance qu’à distance l’un de l’autre, mais à la même époque et dans le même milieu, nous avions partagée, moi pensant quelquefois à lui, déjà, lui écrivant des petits mots tendres en cachette, essayant de l’imaginer quelque part dans ce monde, qui peut-être m’attendait, qui m’était destiné…

            Nous étions nés dans le même monde devenu fou, au milieu de la même guerre barbare. Et nous avons grandi dans la même recherche de sens et de salut. Nous étions tous les deux des enfants précoces, comme on dit, de bons élèves ayant sauté des classes, vifs et gentils, comprenant vite, curieux et un peu touche à tout, n’ayant pas nos langues dans nos poches, et ne craignant pas, moi surtout, de poser quelquefois les questions qui dérangent. Faits pour nous rencontrer, faits l’un pour l’autre, faits pour aimer, pour nous aimer. Nous étions aussi tous les deux de fervents petits catholiques. Nous allions à la messe. Et à confesse et au caté.

 

Et il a fallu qu’il tombe sur vous. Dieu a permis qu’il tombe sur vous. Et il a fallu que vos mains dépassant des manches d’une soutane et qui se joignaient pour prier, ces mains qui bénissaient, accomplissaient l’Elévation, donnaient la communion, distribuaient les hosties en invoquant le corps du Christ, ces mains qu’on eût espérées pieuses et chastes… osent s’insinuer dans sa culotte pour s’emparer de son jeune sexe comme d’un butin.

Vous l’entendiez en confession. Il s’agenouillait devant vous. Il vous disait, selon le rite de notre Eglise : « Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché ! » Puis il avouait avec candeur, avec docilité, ses petites fautes d’enfant. Déposait à vos pieds son innocence et son humilité, son repentir sincère, son désir de ne plus faire le mal, et implorait votre pardon, à vous, représentant du Christ. Vous lui remettiez ses péchés. Au nom de Dieu. Et vous lui indiquiez sa pénitence à accomplir. Au nom de Dieu. De vos mains sacrilèges, de votre bouche blasphématrice, il recevait le sacrement de pénitence, la bénédiction du Seigneur : « Allez bien en paix, mon enfant ! »  

 

ET VOUS ? Je voudrais le crier jusqu’à m’arracher les entrailles… Pouviez-vous aller bien en paix ? Qui vous les remettait, à vous, vos péchés ? Qui vous donnait une pénitence ?  Qui s’assurait de votre contrition ? Y a-t-il eu un prêtre, un évêque, pour vous entendre en confession ? Y a-t-il eu quelqu’un pour vous dire que vous ne pourriez être absout de vos fautes que si vous cessiez de les commettre ? Et que le mal que vous faisiez à ces jeunes corps et ces jeunes âmes qui vous étaient confiés, était tout aussi infini que la miséricorde divine… ? Personne sans doute. On ne parlait pas de ces choses-là. Notre sainte mère l’Eglise devait ne pas cesser de se montrer irréprochable, d’inspirer le respect, d’apparaître exemplaire. De grâce, couvrons cet humain trop humain qu’aucun petit chrétien ne saurait entrevoir… 

 

J’ignore ce que vous aviez pu souffrir pour en arriver là et ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pour vous aucune curiosité, non plus que la culture de l’excuse. Je ne vous plains pas. Je ne vous hais pas non plus. Je ne vous veux et ne vous ai jamais voulu aucun mal. Mais longtemps je vous ai vomi. Longtemps vous m’avez donné la nausée. Tout comme m’a donné la nausée la lettre que vous avez cru bon de m’écrire quand vous avez appris notre mariage prochain, à moi, qui n’avais pas pouvoir de vous remettre vos péchés, mais qui devrais par force les porter avec vous durant des années de vie conjugale à la sexualité blessée…

Et peut-être cette lettre était-elle le point d’orgue de votre perversion. Mais qu’est-ce qui vous a pris ? Qu’est-ce que vous espériez ? J’étais bien incapable de pardonner. J’avais beaucoup trop de colère. Pas seulement contre vous. Contre l’Eglise et contre Dieu, contre la terre entière et même contre votre victime.

Nous nous aimions tellement. J’étais si amoureuse. Et un jour, lorsque nous étions fiancés, dans le train de banlieue qui nous menait chez ses parents, j’ai eu vers lui un élan tendre, incontrôlé, j’ai jeté la tête sur son épaule et dans son cou et j’ai couvert son visage de baisers, avec ferveur, devant tout le monde. Pas sur la bouche, même pas. Et il m’a repoussée, gêné, en disant : « tiens-toi bien ! » Vous vous rendez compte ? Tiens-toi bien ! Ah, si je vous avais eu devant moi au moment où vous lui faisiez vos saloperies, je ne vous aurais pas dit à tous les deux tenez-vous bien, je vous aurais attrapé, vous, par les couilles s’il l’avait fallu, et je vous aurais foutu mon poing dans la figure, toute petite que j’étais, sans préjuger des conséquences. Je n’ai pas l’habitude de peser le pour et le contre avant mes rébellions devant les injustices, j’explose et advienne que pourra… Ça m’en a valu des torgnoles et des punitions quand j’étais môme, mais jamais ça n’a pu me décourager, surtout s’il s’agissait de défendre quelqu’un que j’aimais. 

 

Je lui en ai longtemps voulu, à lui, votre petite victime, de vous avoir laissé faire, de ne pas s’être révolté, de ne pas vous avoir dénoncé. Pire : d’avoir même continué à vous aimer… Parce qu’on l’oublie souvent : aussi pervers que puisse être l’adulte qui abuse un enfant, il l’est rarement avec la totalité de sa personne, dans cent pour cent de la relation. Il subsiste parfois, au sein de l’expérience obscène qu’il fait vivre à l’enfant, une part saine d’attachement sincère et réciproque, qui rend cette expérience d’autant plus pernicieuse. J’ai retrouvé dans votre lettre cette confusion.

Vous espériez sans doute que je vous plaigne… Vous me parliez de vos séjours en hôpital psychiatrique et de vos dépressions. Vous me parliez de votre solitude, de ce désert d’amour dans lequel vous vieillissiez, d’où Dieu lui-même semblait absent. Vous exprimiez envers vous-même une compassion que je n’ai pu m’empêcher, un court instant, de partager. Vous souhaitiez que je prie pour vous. Et j’ai même dû le faire… Mais rien, pas une trace de repentir du mal que vous aviez infligé à autrui. Comme s’il vous avait entièrement échappé. Comme si le sort de ce petit garçon dont vous aviez altéré le destin, devenu un séduisant jeune homme aux yeux des femmes, mais si mal à l’aise avec elles, continuait de vous apparaître avant tout incongru, déplacé, peut-être insupportablement enviable au point de vous pousser à vous en octroyer une part.

Vous me souhaitiez le bonheur conjugal. Et vous étiez sans doute absolument sincère. Complètement inconscient.

 

S.L. Francesca PESCI 

 

 


              Nous accusons !

                           Robert et Anne B. Mars 2016

 

A la fois touchés dans nos fils victimes d’un prêtre pédophile et trahis dans l’amitié que nous avons eue avec le « prédateur » ; à la fois très à l’écoute de toutes les révélations qui éclatent comme les champignons sortent de terre à l’automne, à la fois éblouis par la démonstration rigoureuse faite par le récent film Spotlight, nous avons réfléchi, une fois de plus, avec sérieux aux dommages causés par la pédophilie dans l’Église et aux responsabilités des acteurs

1. LA VICTIME

Bien sûr, il s’agit de SEXE et de sexe à un âge où la victime est fragile ; elle l’est, soit parce que, à cet âge-là, normalement il n’y a pas d’activité sexuelle explicite, soit parce que (un peu plus tard) c’est l’âge normal de la découverte de cette dimension de son corps et de l’apprentissage de la maîtrise de sa sexualité ; et le prédateur arrive là-dedans comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ! il casse, pour sa propre satisfaction, quelque chose de fragile, d’existentiel et de beau (et Dieu vit que cela était bon : c’était très bon !). Il faudra de longues années pour que la victime guérisse de cette blessure ; parfois elle n’y parviendra pas ! le processus de résilience dépend de très nombreux facteurs, nous reviendrons sur ceux-ci dans la suite de notre propos.

Bien sûr, il s’agit de sexe, mais aussi (surtout ?) il s’agit de POUVOIR ; pouvoir d’un être humain sur un autre, pouvoir de l’adulte sur l’enfant, du fort sur le faible ; même s’il n’y a pas eu de viol au sens le plus commun du terme, il y a violence, il y a viol au sens le plus profond du terme.

Et puis, il y a la culpabilité, la HONTE ! Car, bien sur l’enfant comprend vite que ce n’est pas comme ça que les choses doivent se passer, que c’est mal ; mais – est-il permis de le dire ? – il y a des cas où les caresses, les attouchements peuvent éveiller un plaisir et c’est ainsi que la victime peut se sentit complice du mal qui lui est imposé ; et puis il y a le secret : il ne faut pas en parler… c’est notre petit secret… et l’enfant est honteux de se laisser enfermer dans ce silence honteux. Par un processus totalement pervers, la culpabilité et la honte du prédateur sont reportées sur sa victime ! Un comble !…

Comment l’enfant va-t-il pouvoir construire sa personnalité, comment peut-il devenir adulte, c’est à dire responsable, avec cette image de l’adulte, avec cette image de lui-même ?

Ensuite il s’agit aussi de la FOI ; la plupart des hommes de notre âge que nous avons rencontrés et qui disaient avoir été dans leur enfance victimes d’un prêtre, souvent dans une école catholique, avaient perdu totalement la foi et quitté l’Eglise, ou continuaient dans une « pratique » religieuse purement sociologique ; nous reviendrons là aussi sur ce point dans la suite de ce propos.

2. LE PRÉDATEUR

Bien sûr, les actes qu’il commet sont aujourd’hui considérés comme criminels (il n’en a pas toujours été ainsi) ; mais c’est plus fort que lui, il a le sentiment que tout ceci échappe à sa volonté ; et puis il se trouve de bonnes raisons : c’est parce qu’on s’aime, c’est parce que la sexualité, c’est beau ! et puis il (le prédateur-prêtre), il fait aussi de bonnes choses, il apporte la Parole de Dieu à quantité de gens, il fait du bien (et ceci est vrai aussi !)

Et puis dans les débuts, il en a parlé à son curé, voire à son évêque et ceux-ci lui ont dit « que tout cela était bien fâcheux, on va vous déplacer à un endroit où on ne vous connaît pas, mais ne recommencez pas ! » Bref, finalement, rien de bien grave !

Ainsi, le prédateur s’installe peu à peu dans le déni de la réalité, dans le déni du vrai ; et peu à peu s’installe une sorte de dédoublement de la personnalité : d’un côté le méchant qui n’arrive pas à contrôler ses pulsions, qui se trouve des excuses ; de l’autre le gentil qui ne veut pas penser à l’autre personne qui est en lui, qui est aussi lui, car ce serait vraiment et réellement insupportable.

Nous n’écrivons pas ceci pour excuser le coupable, mais pour tenter de comprendre comment cela fonctionne ou a fonctionné dans certains cas, voire dans de nombreux cas !

3. LES DÉGÂTS POUR LES PARENTS

Il faut bien y venir

D’abord, la tentation de la culpabilité : et nous n’avons rien vu ! et puis nous n’avons pas voulu voir ! Comment analyser cela ?

  • hypothèse 1 – la plus favorable – heureux les cœurs purs, ils ne voient pas le mal ! on peut aussi parler de naïveté, de bêtise…
  • hypothèse 2, dans la mouvance de Vatican 2, la distance entre le prêtre et le laïc est réduite et c’est sympa de pouvoir être ami avec un prêtre… oui, pourquoi pas, mais pour une amitié entre laïcs, on manifeste en général du bon sens ; mais là, c’était évident qu’il n’y a pas à se méfier d’un prêtre : des restes inconscients de la notion de sacré (le prêtre est l’homme de Dieu) ont évacué le bon sens
  • hypothèse 3 – hélas aussi : c’était bien pratique, pour avoir de moments entre mari et femme de pouvoir de temps en temps confier nos enfants à cet amis : on fait moins souvent appel à nos parents, et puis, il se propose avec beaucoup de bonne volonté et puis un prêtre, pensez donc, il a fait du scoutisme, il a fait du catéchisme, il sait s’occuper d’enfants : nous nous sommes trouvé des bonnes raisons ; y aurait-il un peu de lâcheté ?

Et puis, il y a encore autre chose : nous parlions au début de ce texte de l’abus de la position dominante du prédateur sur les victimes ; mais à bien y réfléchir ce qui fondait son autorité était bien sur la différence d’âge, peut-être un peu le statut de prêtre, mais surtout le fait que cet homme était l’ami des parents, qu’il avait leur confiance. Et c’est bien souvent pour cette raison que les victimes n’ont pas pu libérer leur parole pendant un grand nombre d’années ; les victimes avaient peur que leurs parents ne les croient pas , ils n’avaient plus confiance dans leurs parents. En quelque sorte, les parents étaient peu ou prou assimilés au prédateur.

Et lorsque – et c’est hélas trop fréquent – les choses ayant été dites, les parents adoptent une attitude de déni (vous n’avez pas le droit de parler de cela, on n’a pas le droit de salir un prêtre, il faut pardonner,…) alors le désastre est consommé : il est clair qu’elle ne peut faire confiance ni à l’Eglise ni à la famille : la boucle est bouclée !

4. LE SYSTÈME

Dans toute institution organisée – l’Eglise ne fait pas exception – une hiérarchie est mise en place. Ainsi, outre la dimension pastorale (les évêques sont les successeurs des Apôtres), les évêques exercent une dimension hiérarchique vis à vis des prêtres et des laïcs ; dans un autre contexte, nous dirions qu’ils sont les « patrons » des prêtres et qu’ils sont des « leaders d’opinion » vis a vis des laïcs

4.a – hiérarchiques, patrons, peu importe le vocabulaire, les évêques le sont : les prêtres sont ordonnés par un évêque auquel ils font serment d’obéissance, dans un diocèse donné (ils sont « incardinés ») ; ce sont les évêques qui font les mutations de « leurs prêtres », soit en fin de mandat, soit pour raison disciplinaire, soit parce qu’ils estiment que tel prêtre serait plus utile au diocèse dans une autre fonction. Or à l’évidence la fonction de responsable hiérarchique suppose la responsabilité.

4.b – nommés par le premier d’entre eux : le pape, les évêques se voient confier par celui-ci la mission pastorale : responsabilité de conduire, avec les prêtres, l’assemblée des chrétiens ; comme à un père, il leur revient de faire connaître l’Evangile de Jésus aux chrétiens de leur diocèse, de les aider à grandir dans la foi et, comme un père, de leur accorder attention et tendresse : de cette mission, de ces attitudes du cœur, les évêques sont responsables tant vis à vis du pape que vis à vis des chrétiens eux-mêmes

Or nous le disons d’expérience : les évêques ont gravement fauté

- en ne se tenant pas informés de pratiques pédophiles possibles de « leurs » prêtres ; il n’est bien sur pas question d’espionner chacun des prêtres, mais de prêter une attention vigilante aux indices qui permettraient de détecter celles-ci

- en se contentant de blâmer les prêtres convaincus de pratiques pédophiles, en les déplaçant à l’intérieur du diocèse ou en les « refilant » à un autre évêque sans l’avertir, selon la politique qu’ailleurs on appellerait la politique de « la patate chaude »

- en laissant croire à ces prêtres que le système les couvrira si l’affaire vient à être connue

- en pratiquant l’omerta, c’est à dire en tentant d’étouffer des affaires, au motif que « le linge sale se lave en famille », afin de ne pas ternir l’image de l’Eglise, ou en mentant lorsqu’ils affirment, quand une affaire est découverte, qu’ils n’étaient au courant de rien, afin de tenter de sauver leur propre respectabilité

- en envoyant aux familles blessées de vagues formules de compassion, mais sans les recevoir, sans les entendre, ni les voir ni leur parler en père aimant ; en essayant – mal – de traiter un dossier, mais en n’ayant pas le courage de regarder les victimes dans les yeux ni d’échanger cœur à cœur.

- en se défendant de manière irresponsable lorsque les choses sont connues : « j’ai fait comme l’Eglise me disait de faire » ; ou infantile : « la pédophilie, ça existe aussi dans l’Education Nationale et dans les colonies de vacances » !

- en ne cherchant pas à s’informer sur les ravages que cause la pédophilie sur les victimes

- en ne cherchant pas à imaginer les ravages que cause l’omerta sur la foi des victimes, de leurs familles, sur l’opinion publique

- en incitant consciemment ou non les chrétiens et même les parents des victimes à prendre fait et cause pour le système clérical contre les victimes elles-mêmes, comme si l’honorabilité valait plus que la vérité et/ou que la vie même des victimes

- en prenant des voies détournées voir mafieuses pour éviter que des affaires viennent à la connaissance du public, ou, si elles éclatent, pour dégager leur responsabilité

Or on peut comprendre qu’un évêque est un homme, qu’il peut avoir peur pour son honneur, qu’il peut avoir peur d’être contraint de quitter ses fonctions, qu’il peut craindre éventuellement une condamnation pénale ; personne n’est infaillible ! Constater cela n’excuser en rien les personnes, ne diminue en aucune sorte leur responsabilité, mais à nos yeux, c’est l’appareil d’Eglise, c’est le SYSTÈME qui est fautif, et gravement fautif :

- quand un prêtre pédophile peut à bon droit arguer qu’il avait de longue date prévenu sa hiérarchie et que celle-ci, dans son incurie, a pu, si peu que ce soit lui laisser entendre qu’il ne risquait rien de vraiment grave (sans souligner que les victimes, elles, vivent des choses très graves) ;

- quand un évêque dit à juste titre que c’est l’omerta qui a toujours prévalu dans l’institution et qu’il n’a fait que suivre les instructions venues d’en haut ;

- quand un pape prestigieux, Jean-Paul II, plusieurs fois averti par le Cardinal Ratzinger de la gravité du problème ne prend pas de décisions ferme sur le sujet, ou qu’il accorde sa confiance au Père Maciel, responsables des Légionnaires du Christ !

- quand nous constatons qu’il a fallu attendre que cardinal Ratzinger soit élu pape pour qu’il demande pardon aux familles pour le mal que les prêtres avaient commis

- quand nous constatons qu’il a fallu attendre le pape François pour que celui-ci demande pardon aux familles pour le mal que l’institution, par son type de gouvernement, avait commis

nous disons que le système est gangrené, que la vérité et la charité sont bafouées et que le message de paix et d’amour de Jésus est traîné dans la boue

5. LES DÉGÂTS POUR L’ÉGLISE ELLE-MÊME

ll faut voir à quel point le message de Jésus est bafoué pour comprendre beaucoup de choses :

- un prêtre nous a dit des choses magnifiques sur Jésus ; il nous a lu le texte : « Jésus appela un petit enfant ; il le plaça au milieu d’eux, et il déclara : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille, moi.[…] Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. » ; mais ce même prêtre commet des actes innommables, scandaleux, et personne ne parle de lui attacher une meule au cou : quelle hypocrisie !

Alors comment s’étonner que tous ces jeunes désertent l’Église ? comment s’étonner qu’ils perdent la foi ?

- des parents mis au courant des actes qui nous ont blessés nous enjoignent de nous taire pour ne pas nuire à l’Eglise ! Alors, comment s’étonner que ces jeunes se sentent une nouvelle fois bafoués par des adultes qui devraient les protéger plutôt que de leur faire honte, par une Eglise qui oublie qu’elle est le sel de la terre et la lumière du monde ? alors ils ne veulent même plus entendre parler de Jésus

- un évêque commence par dire qu’il n’était au courant de rien, qu’il n’a rien fait de mal, que ce n’est pas de sa faute, mais de la faute du système qui a dysfonctionné (un accident de parcours !) ; un jour la vérité finira bien par lui revenir en pleine figure comme un boomerang !

Alors comment s’étonner que le monde profane, que les médias toujours friands de scandales, fassent leurs choux gras de l’affaire et tournent cet évêque en dérision, tournent toute l’Eglise en dérision !

- les évêques se réunissent à Lourdes et la premier acte public qu’ils font est d’apporter leur soutien fraternel à un confrère en difficulté ! qui comprendra qu’il s’agit de charité chrétienne et non d’un réflexe corporatiste, d’une tentative désespérée de lui sauver la mise ? de leur sauver à tous la mise ? comment ne pas voir que c’est dans l’institution de la Conférence des Évêques de France que va revenir le boomerang ?

- « Famille Chrétienne », dans son commentaire du film Spotlight dit y voir une attaque en règle contre l’Église ! Alors comment s’étonner de ce que la société laïque rejette tout en bloc, le bébé avec l’eau du bain

6. Et pendant ce temps, la hiérarchie nous parle de « nouvelle évangélisation » :

elle veut faire sortir les laïcs sur les places et dire quelle est notre Foi à ceux que ça intéressera encore, alors qu’il serait peut-être judicieux de faire profil bas et d’écouter le monde avant de lui parler ; en gros, elle veut envoyer les laïcs au casse-pipe avec un slogan qui pourrait être : « évangéliser a toujours suscité des martyrs »

Et pourtant, que des gens biens dans cette Eglise ! que d’excellents prêtres ! que de laïcs dévoués, croyants, généreux !

Et pourtant, pour nous qui ne l’avons pas quittée, cette Eglise, notre pensée profonde est celle-ci : « à qui irions nous, Tu as les paroles de la vie éternelle ? »

Oui, nous sommes en colère, oui nous accusons : quel gâchis !


En dépit du bon sens

9 mai 2016

En dépit du bon sens. (Commentaire suscité par l'article de Lyon capitale du 8 mai)
"S’en prendre aux personnes abusées ou à leurs parents est la technique la plus abjecte et la plus inqualifiable mais la plus couramment pratiquée."

Personne ne comprend comment un prédateur sexuel peut abuser d’enfants pendant 40 ans alors que de nombreuses personnes connaissent son problème. Dans l’affaire Preynat comme dans d’autres, nous constatons que c'est malheureusement possible et même courant...


Parce que les proches de victimes, quand ils ne sont pas complices, sont aussi des victimes,
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