Des prêtres du diocèse de Lyon racontent leur échange avec le cardinal Barbarin

Céline Hoyeau (avec AFP), le 26/04/2016 à 12h00

Des prêtres arrivent au centre de Valpré lundi 25 avril.ZOOM

Des prêtres arrivent au centre de Valpré lundi 25 avril. / PHILIPPE DESMAZES/AFP

Devant 220 prêtres réunis à huis clos, lundi 25 avril, l’archevêque de Lyon a reconnu que le diocèse avait commis « des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres », d’après un communiqué publié à l’issue de cette rencontre.

Certains prêtres ont exprimé de vives critiques de la manière dont les cas de pédophilie ont été gérés dans leur diocèse, d’autres appelant à « se serrer les coudes ».

Fragilisé par des affaires de pédophilie dans son diocèse, qu’on lui reproche de ne pas avoir dénoncées, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a admis « des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres » devant 220 membres du clergé réunis lundi 25 avril à huis clos, au centre Valpré, à Écully.

« Il est apparu que, dans la connaissance de certains faits, on n’avait pas tous les éléments. Nous avons manqué à nos obligations d’investigation, de recherche de la vérité », a complété le P. Yves Baumgarten, vicaire général modérateur du diocèse, en évoquant une « responsabilité collective ».

Interrogé lors d’une conférence de presse, lundi soir, sur d’éventuels appels à la démission de l’archevêque visé par deux enquêtes pour non-dénonciation d’agressions sexuelles, le P. Baumgarten a répondu que certains prêtres étaient favorables à une mise en retrait, le temps des enquêtes judiciaires, mais que la grande majorité d’entre eux était favorable à la poursuite de sa mission. « Personne n’a demandé la démission du cardinal, ce serait disproportionné et inapproprié alors qu’un jugement est en cours », souligne l’un des prêtres ayant participé à cette rencontre.

À huis clos, des critiques virulentes

Celle-ci a duré trois heures, et s’est ouverte par le témoignage d’une victime du P. Bernard Preynat, Vincent Berger, qui a « beaucoup impressionné » les prêtres, rapporte l’un d’eux. Plusieurs participants sont intervenus pour remercier l’association « La Parole libérée » pour son action en faveur des victimes. « Cette rencontre a permis d’échanger en vérité, elle a été utile pour libérer la parole », a salué un participant.

À huis clos, certains membres du clergé ont exprimé des critiques virulentes à l’égard du cardinal Barbarin. Ils lui ont reproché, entre autres, son absence de réaction à l’égard du P. Preynat alors qu’il avait signé la déclaration des évêques de 2001 après l’affaire Pican. Ils ont appelé à ce que « toute la vérité soit faite ».

Le cardinal Barbarin a reconnu qu’il n’aurait pas dû recevoir le P. Preynat, qu’il y avait « confusion des rôles ». Le vicaire judiciaire lui a rappelé qu’il y avait « des procédures à respecter » et qu’il ne fallait pas les oublier.

Un « silence confinant à l’omerta »

Parmi les critiques, la lettre d’un prêtre a été lue, rapporte l’un des participants à la rencontre. Elle témoigne de la « stupeur » de son auteur face aux « occasions ratées » par l’Église de manifester sa solidarité avec les victimes ces derniers mois. Ce dernier s’étonne aussi du « temps qu’il a fallu » pour que le cardinal Barbarin « ose une demande de pardon », insuffisante à ses yeux. L’auteur s’indigne du « silence confinant à l’omerta » de la part de la hiérarchie comme des fidèles.

La lettre exprime aussi son « incompréhension » face à la tentative de médiation entre le P. Preynat et l’une des victimes, Alexandre Dussot, qui s’était conclue par un « Notre Père ». Comme si « les choses pouvaient se résoudre aussi simplement que cela ».

Se faisant l’écho de certains prêtres qui reprochent au diocèse d’avoir fait appel à un cabinet de communication, l’auteur de cette lettre regrette enfin de voir l’Église « organiser sa défense » comme si elle était attaquée, dans un « règlement de compte injuste », alors que le chemin de parole et de reconstruction des victimes apparaît « marginalisé ».

« Ce n’est qu’au prix de cette vérité douloureuse que l’Église pourra s’amender. Comprendre pour changer vraiment ! », conclut la lettre, rapporte l’un des participants

« Se serrer les coudes »

D’autres prêtres, au contraire, ont manifesté leur soutien au cardinal Barbarin, rappelant que les cas récents de prêtres ayant commis des abus sexuels avaient été gérés et qu’il était « plus compliqué de traiter des affaires anciennes, pour lesquelles il n’y avait pas de plainte ». D’autres ont appelé à « la miséricorde » et à « se serrer les coudes », applaudis par un petit nombre.

Peu se sont exprimés ouvertement devant la presse à la sortie de la réunion. « Ce que j’attends, ce n’est pas compliqué, c’est que des décisions soient prises pour l’avenir, pour que tout se passe au mieux et que l’on soit dégagé de cette affaire », a commenté Mgr Jean-Marie Jouham, délégué épiscopal. À la sortie de la réunion, le P. Jean Lacombe, prêtre à Villeurbanne, a mis en cause pour sa part « une sorte de harcèlement ». « Les médias font le procès des gens avant la justice », a-t-il ajouté en disant aussi ne pas comprendre pourquoi les victimes « ont attendu si longtemps » et en estimant que leurs parents « auraient dû porter plainte ».

Le diocèse a parallèlement annoncé la mise en place d’une cellule d’écoute et d’un collège d’experts, déclinaison locale des mesures lancées mi-avril par l’Église de France pour faire la lumière sur la pédophilie dans ses rangs, y compris sur les faits les plus anciens.

D’autres mesures seront effectives à partir du 1er septembre pour renforcer la formation, la prévention et les critères de nomination des prêtres au sein du diocèse.

Céline Hoyeau (avec AFP)

http://www.la-croix.com/Religion/France/Des-pretres-diocese-Lyon-racontent-leur-echange-avec-cardinal-Barbarin-2016-04-26-1200755999