A Lyon, le cardinal Barbarin s’explique devant ses prêtres

Céline Hoyeau et Bénévent Tosseri (à Lyon), le 27/04/2016 à 0h00

Le cardinal Barbarin officie, le 3 avril dernier, à la cathédrale Saint-Jean de Lyon.ZOOM

Le cardinal Barbarin officie, le 3 avril dernier, à la cathédrale Saint-Jean de Lyon. / Jeff Pachoud/AFP

Devant 220 prêtres réunis à huis clos, lundi, l’archevêque de Lyon a reconnu avoir commis « des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres ». Au cours d’échanges « directs », certains l’ont interpellé vivement sur la manière dont les cas anciens de pédophilie ont été gérés dans le diocèse, d’autres ont appelé à « se serrer les coudes ».

La révélation en cascade, ces dernières semaines, d’affaires anciennes, et souvent très disparates, sur les abus sexuels commis par des prêtres du diocèse de Lyon avait alourdi le climat et rendu indispensable ce rendez-vous. La rencontre entre le cardinal Philippe Barbarin et son clergé s’est tenue lundi après-midi à huis clos, pendant trois heures, au centre Valpré, à Écully, dans un climat « fraternel mais sans complaisance », selon certains des participants.

« Alors que je n’attendais pas grand-chose de cette rencontre, un mouvement de vérité est sorti. Il y a eu débat », salue l’un des 220 prêtres présents (les trois quarts des prêtres en activité) sur les 400 que compte le diocèse. « Le cardinal a commencé par ce qu’on attendait tous, relève un autre. Il a reconnu personnellement ses erreurs et ses responsabilités, parlant en son nom propre : “Je n’ai pas agi comme j’aurais dû, j’aurais dû me renseigner davantage sur ces prêtres, je ne l’ai pas fait.” »

Interrogé lors d’une conférence de presse, lundi soir, sur d’éventuels appels à la démission de l’archevêque, visé par deux enquêtes pour non-dénonciation d’agressions sexuelles, le P. Yves Baumgarten, vicaire général modérateur du diocèse, a répondu que certains prêtres étaient partisans d’une mise en retrait, le temps des enquêtes judiciaires, mais que la grande majorité d’entre eux était favorable à la poursuite de sa mission. « Personne n’a demandé la démission du cardinal, ce serait disproportionné et inapproprié alors qu’un jugement est en cours », souligne l’un des prêtres ayant participé à la rencontre.

Ce qui n’a pas empêché plusieurs d’entre eux d’interpeller vivement le cardinal sur ses responsabilités, au cours d’une heure et demie de discussion libre. Une quinzaine sont intervenus, « sans prendre de gants ni défendre l’institution » : « Pourquoi vous ferait-on confiance alors que vous-mêmes n’avez pas appliqué les directives de 2002 et 2010 pourtant très claires ? », « Puisque les mesures annoncées demandent qu’un prêtre mis en examen laisse son ministère, vous l’appliquerez-vous à vous-même si vous êtes mis en examen ? »« Nous avons partagé notre souffrance, notre colère, nos questionnements », résume le P. Régis Charre, curé à Vénissieux.

La lettre au cardinal d’un prêtre absent lundi a été lue, témoignant de la « stupeur » de son auteur face aux « occasions ratées » par l’Église de manifester sa solidarité avec les victimes ces derniers mois. Il s’étonne aussi du « temps qu’il a fallu » pour que le cardinal Barbarin « ose une demande de pardon », insuffisante à ses yeux, et s’indigne du « silence confinant à l’omerta » de la part de la hiérarchie comme des fidèles. Se faisant l’écho de certains prêtres qui reprochent au diocèse d’avoir fait appel à un cabinet de communication, il regrette enfin de voir l’Église « organiser sa défense » comme si elle était attaquée, dans un « règlement de compte injuste », alors que le chemin de parole et de reconstruction des victimes apparaît « marginalisé ».

D’autres prêtres ont manifesté leur soutien au cardinal Barbarin, rappelant que les cas récents de clercs ayant commis des abus sexuels avaient été gérés sur-le-champ et qu’il était « plus compliqué de traiter des affaires anciennes, pour lesquelles il n’y avait pas de plainte ». « Contrairement à ce que beaucoup pensent, le cardinal ne s’accroche pas à son poste et attend le travail de la justice, mais si le pape le lui demande, il partira sans problème », assure un autre. D’autres encore ont appelé à « la miséricorde » et à « se serrer les coudes », applaudis par un petit nombre.

En prélude à cette rencontre, le témoignage d’une victime du P. Bernard Preynat, Vincent Berger, qui a exposé les abus subis et leurs conséquences, avait « vivement impressionné », selon un prêtre. Plusieurs prêtres ont aussi remercié l’association La parole libérée pour son action, un « bistouri dans une plaie purulente de l’Église », selon l’un d’eux.

Des propositions concrètes ont aussi été avancées, un prêtre suggérant que l’association du diocèse de Lyon se constitue partie civile aux côtés des victimes du P. Preynat. D’autres ont émis l’idée de ne plus confier de ministère, voire de renvoyer de l’état clérical un prêtre coupable d’agression sexuelle, même une fois sa peine purgée : « Avant cette réunion, rapporte le P. Charre, nous pensions tous qu’en de telles circonstances, on pouvait le nommer quelque part, une fois sa peine purgée. Il semblerait que nous ayons basculé lundi ».

Céline Hoyeau et Bénévent Tosseri (à Lyon)